Chlordécone : questions sur un scandale sanitaire
Le Monde - 23.06.10 - 13h54
Après ceux du sang contaminé, de l'hormone de croissance, de l'amiante ou de la vache folle, le dossier du chlordécone - un insecticide longtemps utilisé pour lutter contre le charançon de la banane - va-t-il, à son tour, déboucher sur un scandale sanitaire majeur ? C'est à craindre.
Depuis plusieurs années, en Guadeloupe et en Martinique, beaucoup le redoutaient. Le stade du soupçon est désormais dépassé. Une étude scientifique vient de démontrer que l'exposition au chlordécone présent dans les sols et les cours d'eau augmente significativement le risque de cancers de la prostate, qui représentent la moitié des cancers dépistés dans les deux départements d'outre-mer. Et un rapport sur l'impact de cet insecticide a finalement été mis en ligne sur le site de l'Institut de veille sanitaire huit mois après sa finalisation. Ce long silence des autorités dit assez leur embarras.
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Le chlordécone a été utilisée comme pesticide dans les plantations de bananes en Guadeloupe et en Martinique entre 1973 et 1993.
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Editorial du "Monde" Chlordécone : questions sur un scandale sanitaire
Et pour cause. Les Etats-Unis avaient retiré le chlordécone du marché dès 1976. La France l'a autorisé en métropole jusqu'en 1990 et a prolongé son utilisation jusqu'en 1993 en Guadeloupe et en Martinique. L'importance de la culture de la banane pour ces départements justifiait-elle, pour autant, de continuer à utiliser cet insecticide ? Et de le faire sans précaution aucune pour empêcher la pollution des sols (et des légumes qui y sont cultivés) et, par conséquent, l'exposition d'une partie de la population ?
Des générations d'Antillais devront vivre avec ce perturbateur endocrinien, facteur de risque cancérogène désormais avéré, car il faudra plusieurs siècles pour que s'élimine spontanément la moitié du chlordécone présent dans le sol.
L'inquiétude locale est d'autant plus forte que le risque sanitaire est socialement injuste. Les personnes les plus exposées sont aussi les plus pauvres : celles qui cultivent leurs propres légumes pour se nourrir et continuent à absorber du chlordécone à des doses dangereuses. En outre, cette affaire renvoie à un héritage colonial dont la crise qui a paralysé les Antilles françaises en 2009 n'est que le dernier symptôme. Constater que les planteurs sont des "békés" et que les ouvriers agricoles, ceux-là mêmes qui ont subi une exposition professionnelle pendant vingt ans, sont noirs n'est pas une caricature.
Reste, désormais, à établir les responsabilités et à réparer les dégâts. Sur le second point, des efforts ont déjà été engagés depuis 1999, et surtout depuis 2004, avec la prise en compte du chlordécone dans le Plan national santé environnement. Le Plan chlordécone 2008-2010 mobilise dès à présent 33 millions d'euros sur trois ans.
Mais les carences de la réponse à la pandémie grippale l'ont bien montré : la solution ne saurait être seulement technique, sous peine de connaître les mêmes déboires. L'Etat a un devoir de prévention face à ce qui n'est pas un risque virtuel, mais une réalité. Il a le devoir de fournir à la population la possibilité de connaître son degré d'exposition au chlordécone et la géographie de la contamination des sols. Quant aux responsabilités, la question reste entière.
Et aussi : http://www.lefigaro.fr/sante/2010/06/23/01004-20100623ARTFIG00759-le-chlordecone-incrimine-dans-le-cancer-de-la-prostate.php
Encore un scandale sanitaire qu'on (re)découvre.
Cet insecticide est interdit depuis 1990 en France mais seulement depuis 1993 en Guadeloupe et Martinique.
Ça doit être le décalage horaire, ça complique l'application des lois
Mais il faut savoir que les USA l'ont interdit depuis 1976.
On dit souvent que l'Europe a 10 ans de retard sur les USA, mais dans de tels domaines, on aimerait mieux que ça se réduise.
J'ai lu un livre très intéressant sur ce sujet (et d'autres) : Pesticides, révélations sur un scandale français de Fabrice Nicolino et François Veillerette.




