Un petit papier faisant le bilan :
RENNES, 8 fév 2007 (AFP) - Des collectivités aux professionnels du tourisme en passant par les conchyliculteurs, les victimes de la marée noire de l'Erika évaluent le préjudice économique de la catastrophe à plus d'un milliard d'euros, une somme bien plus élevée que les indemnités déjà reçues.
"Si vous ajoutez le préjudice écologique, dont plusieurs collectivités comme les régions Bretagne et Pays-de-la-Loire entendent également obtenir réparation, il faut doubler ce montant", estime Yann Hélary, président de l'Association interrégionale Ouest littoral Solidaire (AIOLS), qui regroupe d'importantes collectivités locales parties civiles.
"Mais ce n'est rien comparé aux bénéfices dégagés par Total", affréteur du pétrolier qui a déversé 19.000 tonnes de fioul en mer et souillé 400 km de côtes du Finistère sud à la Charente, ajoute le vice-président (Verts) des Pays-de-la-Loire. Total a dégagé un bénéfice record de 12 milliards d'euros en 2005.
L'AIOLS base son évaluation du préjudice écologique sur une étude de l'Institut national de recherche agronomique (Inra) dont elle ne veut pas publier les détails avant le procès de la catastrophe.
Le montant des indemnités réclamées ne sera fixé qu'à la fin de l'audience où comparaissent 15 personnes physiques ou morales, dont Total, selon les avocats.
L'enjeu pour les parties civiles est d'obtenir de meilleures indemnisations que celles accordées par le Fonds international d'indemnisation pour les dommages dus à la pollution par les hydrocarbures (Fipol), qui juge "astronomiques" les sommes réclamées.
Alimenté par des taxes sur l'industrie pétrolière des Etats membres, l'agence dispose de 184 millions d'euros, dont 128 ont déjà été versés pour répondre à 5.665 demandes jugées recevables (sur 6.700 examinées environ) pour l'Erika.
Le principal dommage économique concerne le tourisme, à hauteur de plusieurs centaines de millions d'euros, selon une étude diffusée par les Pays-de-la-Loire en 2001. De son côté, l'Etat a chiffré son préjudice à 153 millions d'euros.
Les activités maritimes ont également été touchées à hauteur de plusieurs dizaines de milliers d'euros. Des paludiers des Salines de Guérande aux ostréiculteurs, plusieurs professions avaient interrompu leur production par précaution.
Le préjudice des pêcheurs à pied, qui ont perdu deux millions de journées de pêche, a été évalué à 100 millions d'euros.
Quant aux dommages sur la biodiversité, ils restent "incommensurables car on connaît peu la faune et la flore marines", indique Christian Buchet, directeur du centre d'études de la mer de l'Institut catholique de Paris.
Selon une étude des associations pour l'environnement LPO et Bretagne vivante, de 110.000 à 150.000 oiseaux ont été tués par l'Erika, contre 19.000 à 37.000 pour l'Amoco Cadiz qui avait pourtant déversé 227.000 tonnes de pétrole en mer.
"L'écosystème marin a souffert sur le coup mais, sept ans après, les conséquences sont très probablement négligeables", estime toutefois Gilles Bocquené, chercheur à l'Ifremer (Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer). "La catastrophe écologique a été évitée grâce aux bénévoles qui ont ramassé le pétrole".
"Les marées noires ne représente que 2,5% d'une pollution marine qui vient avant tout de la terre", nuance aussi Christian Buchet.
AFP 081158 FEV 07
J'y ajoute aussi celui faisant le point sur la législation européenne :
BRUXELLES, 8 fév 2007 (AFP) - Depuis la marée noire provoquée par le naufrage de l'Erika en 1999, l'Union européenne a mis en place petit à petit des mesures pour mieux contrôler les bateaux et retirer des eaux européennes les plus dangereux.
Trois mois après la catastrophe de l'Erika le 12 décembre 1999, la
Commission européenne, pressée par l'opinion publique, avait proposé une série de réglementations pour renforcer la sécurité dans les eaux communautaires, où transite chaque année environ un milliard de tonnes de pétrole.
Renforcement du contrôle des navires dans les ports européens, bannissement des "bateaux-poubelles" les plus dangereux, contrôle plus étroit des sociétés de certification des navires, accélération du remplacement des pétroliers à simple coque par des pétroliers à double coque...
Mais les Etats membres ont mis du temps à adopter ce premier paquet
législatif dit "Erika I", provoquant la colère de la Commission lors du naufrage du Prestige en 2002.
L'UE "aurait pu et aurait dû éviter" cette nouvelle marée noire, avait alors dénoncé la commissaire aux Transports Loyola de Palacio, estimant que la catastrophe n'aurait pas eu lieu si les Etats membres avaient suivi son calendrier pour le retrait des pétroliers à simple coque.
C'est finalement depuis 2003 qu'aucun pétrolier à simple coque transportant des pétroles lourds ne peut plus entrer ou sortir des ports de l'UE. En 2005 s'est ajoutée l'interdiction du transit de ces pétroliers à proximité des côtes européennes.
Les 27 sont également obligés d'inspecter au moins 25% des navires faisant escale dans leurs ports.
L'UE a d'autre part mis en place un système de sanctions minimales contre les auteurs de pollutions maritimes. En cas de marée noire ou de rejets polluants provoqués "de manière intentionnelle, par imprudence ou par négligence grave", tous les acteurs de la chaîne sont punissables, de l'armateur à l'équipage en passant par la société de classification chargée de vérifier l'état des navires.
Le paquet législatif "Erika II" a également créé l'Agence européenne de la sécurité maritime chargée de la lutte contre la pollution en mer et du contrôle de la construction et de la maintenance des navires.
La Commission a enfin présenté à l'automne 2005 le paquet "Erika III", qui veut renforcer encore les contrôles des navires à risque et établir une liste de refuges où les bateaux en difficulté pourraient être remorqués pour empêcher un pollution majeure touchant plusieurs Etats membres.
Mais ces mesures sont encore en discussion. "Il est urgent de compléter et de renforcer encore le dispositif européen en matière de sécurité maritime", a déclaré fin janvier le commissaire européen aux Transports JacquesBarrot.
AFP 081013 FEV 07





