BioVision : comment nous faire avaler les OGM ?
ECO-TERRE - Le forum Bio-Vision s'est clos mercredi à Lyon après quatre jours de colloques. Les OGM y ont à nouveau monopolisé les controverses. La mise en bouche était donnée dès le premier jour, par
Feike Sijbesma, directeur de DSM, principal sponsor du forum, pour qui ce serait « une erreur collective » que de les interdire. Dans son discours, assez culpabilisant, il évoque les Bangladi qu'il aurait vu « mourir de faim », alors qu'ils nous regardent vivre via la télévision. Rien de nouveau, alors ? Si, cette question posée lors d'un dîner-débat, organisé à l'Hôtel de Ville : « Comment faire pour mettre en condition la société d'accepter » les nouveaux OGM ? Ou, dit autrement : quelle stratégie les industriels vont appliquer pour nous les faire avaler...
Marc Van Montagu (76 ans), président de la fédération européenne des biotechnologies, annonce que nous entendrons bientôt parler des « plantes du futur ». Ses travaux dans les années 70 ont contribué à la mise au point des OGM. «
Ce qu'on fait avec les OGM, c'est de l'agriculture BIO », assène-t-il. Ils permettent selon lui d'obtenir « un haut rendement et avoir un minimum de dégâts envers l'environnement », ainsi que la production de produits non polluants, comme la lessive écologique et les sacs biodégradables. Il est donc urgent, dit-il, d'expliquer qu'il n'y a « pas le moindre problème ni pour l'homme ni pour les animaux ». Ce serait juste « un problème de communication ». Qu'il maitrise plutôt bien.
Pour prolonger la réflexion, Pierre-Benoît Joly, sociologue à l'Institut national de la recherche agronomique parle des travaux qu'il a mené sur les anti-OGM. « N'attendez pas de moi que je vous dise comment favoriser l'acceptabilité des OGM », prévient-il. L'assistance semble déçue. Il poursuit en expliquant que « quand les choses ont commencé à mal tourner pour les OGM »,
ses collègues ne comprenaient pas pourquoi il y avait un tel « refus de la société », alors qu'ils avaient « tellement bien travaillé ». Ils pensaient d'abord qu'il s'agissait d'un manque « d'information ou de connaissance ». Mais les enquêtes qu'il a menées ont prouvé que les « plus mobilisés contre les OGM sont des gens qui ont un niveau de formation très élevé ». Il conclut : « Ce n'est pas parce qu'ils n'ont rien compris qu'ils sont contre les OGM ». Le problème vient du fait que l'on pense « le bien à la place des autres », sans les associer en amont aux projets de recherche. Pour que le public puisse « retrouver confiance dans le progrès », il prône « l'indépendance des experts et des organes de contrôle ». Le modérateur voudrait lui retirer la parole. Mais Pierre-Benoît Joly n'a pas fini : l'argument selon lequel les OGM permettraient de lutter contre la famine est pour lui une « fausse promesse », très « contre-productive ». La faim, explique-t-il, vient d'une inégalité « de répartition des ressources », c'est-à-dire d'un manque de revenus qui conduit à la pauvreté. La salle ne l'écoute plus : le plat principal, du poulet aux légumes, est servi.
David Sourdive, ex-chercheur à l'institut Pasteur, co-fondateur de la start-up Cellectis, prend à son tour la parole. « On ne fait pas des OGM parce qu'on en a besoin », argumente-t-il, « mais parce que cela apporte des modifications que l'on ne pouvait pas faire autrement, comme la résistance à la sécheresse ». Il insiste : « Ce n'est pas une question d'utilité, mais de progrès ». Et rappelle aussi que si sa technique a été au départ développée « pour réparer des gènes malades sur des patients » comme ceux du Téléthon, les semenciers sont les premiers industriels à leur passer commande.
Le dessert arrive. Arnaud Apoteker, spécialisé à Greenpeace dans le combat contre les OGM, regrette l'abandon de « toute recherche sur l'agriculture biologique », qui serait capable d'être « plus moderne et plus productive ».
Il constate que « les botanistes ont disparu au profit de biologistes moléculaires, qui ont perdu la notion des interactions qu'il peut y avoir entre les plantes et leur écosystème ». Il signale que l'exportation de maïs français est en augmentation depuis trois ans. Et estime que « ce qui intéresse les agriculteurs, ce n'est pas comment a été obtenue une semence », mais d'offrir un produit qui « va plaire au consommateur ».
Au moment du café, Alain Godard, ex-président de Rhône-Poulenc Agro et d'Aventis CropScience, sur le ton de la plaisanterie, fait remarquer à l 'assistance que le poulet qu'elle a dégusté était nourri aux OGM. Il signale que «
le dernier rapport de l'AFFSA apporte non pas la preuve qu'il n'y a pas de risque, mais la démonstration qu'il n'y a pas de preuve de risque ». Il rappelle que Monsanto n'est pas la seule compagnie qui produit des OGM, et remarque « sa grande discrétion » à Bio-Vision. « Ils ont compris qu'en ayant trop parlé et mal parlé pendant longtemps, ils avaient intérêt à la mettre en veilleuse », dit-il. D'où l'importance de bien communiquer sur le sujet. Il est convaincu que les OGM sont l'avenir, même si lui-même n'y avait pas engagé ses sociétés dans les années 90, estimant qu'il était trop tôt. Car à l'époque, Thierry Gaudin, ingénieur spécialisé dans les processus d'innovation, avait prédit qu'en 2005, « 70 % des cultures » seraient issues de la biotechnologie. Sauf, disait-il, si « la société civile et des organisations écologiques » refusaient les OGM. Le
scénario serait alors reporté en 2020.
Farid SIDI-BOUMEDINE
