Installée dans une ruelle tranquille du centre de Pékin, l'organisation Friends of Nature a des allures d'association estudiantine : des bureaux encombrés aux murs tapissés d'affiches, des jeunes qui s'animent autour d'une table... Fondée en 1994 par Liang Congjie, un professeur d'histoire, l'ONG est l'une des premières à être apparue en Chine. Elle organise des campagnes d'information publique sur des dossiers écologiques, la désertification ou la biodiversité.
Il y a quelques mois, l'une de ses équipes a planché sur une campagne un peu plus agressive. "Dans le Hubei se trouve un "village du cancer". Les habitants tombent malades à cause de la pollution. Il y a eu une subvention pour une usine de traitement des eaux, mais elle a été détournée, explique Wang Xiaoyan. L'idée était d'aller sur place faire des prélèvements avec des experts, de mobiliser des étudiants et la presse pour que le gouvernement local reconnaisse ses erreurs". Mais cette jeune femme, qui a rejoint Friends of Nature après plusieurs années vécues aux Etats-Unis, a dû déchanter : d'elle-même, l'ONG a renoncé à ses projets. "Dès que l'on touche aux gouvernements locaux, il y a trop de risques pour nous", dit Wang Xiaoyan.
De plus en plus nombreux et visibles, les écologistes chinois savent qu'ils marchent sur des oeufs. L'autocensure est la règle. "En fait, notre action se limite à de la sensibilisation", reconnaît Mao Da, de Global Village of Beijing, une ONG créée en 1996 par une ex-productrice de télévision, Liao Xiaoyi. Ses volontaires ont arpenté la capitale, thermomètre à la main, cet été, afin d'encourager les responsables des bâtiments publics à moins utiliser l'air conditionné.
Officiellement, une ONG basée à Pékin ne peut pas être organisée au niveau national, et les déplacements en province doivent être autorisés par les autorités locales. "En pratique, si c'est pour une campagne d'éducation, il n'y a pas de problème. Mais si on voulait faire de l'activisme, on serait tout de suite rappelé à l'ordre", dit Mao Da. Discrètement, les ONG occidentales montrent la voie : Greenpeace a des bureaux à Canton et à Pékin. "On ne peut pas faire d'actions radicales ici, explique Lai Yun, de Greenpeace, à Canton. Mais, en juin, on a offert au président de Hewlett-Packard, en visite à Pékin, un panier de déchets électroniques toxiques prélevés en Chine sur ses produits. Les médias chinois en ont parlé. C'était une "première"."
THÈMES PORTEURS
L'écologie et le développement durable sont devenus des thèmes porteurs, tant les excès de la surchauffe économique sont menaçants en Chine. La SEPA, l'agence gouvernementale de protection de l'environnement, est particulièrement virulente. Ses cadres, comme Pan Yue, un ancien journaliste, n'hésitent pas à dénoncer les désastres écologistes dans le pays, dont la pollution généralisée des eaux. Mais sur le terrain, même la SEPA intervient très peu de façon concrète : l'absence d'application des lois, la corruption et le manque de contre-pouvoirs relèguent les problèmes de pollution au deuxième plan pour des caciques locaux et des chefs d'entreprise prêts à tout pour s'enrichir vite.
L'émergence d'une société civile, l'utilisation de l'Internet et le soutien des organisations internationales contribuent toutefois à desserrer l'étau autour des ONG chinoises. Pour contrer la bureaucratie, elles fonctionnent en réseaux, partagent les informations et montent, discrètement, les dossiers à charge des désastres écologiques en cours. Quelquefois, les écologistes chinois osent sortir de leur réserve. Après avoir obtenu, en 2004, la suspension temporaire du projet de treize barrages sur la rivière Salween (Nujiang en chinois), dans l'ouest du Yunnan, en envoyant une lettre au premier ministre, Wen Jiabao, les ONG remontent au créneau : le projet aurait été réactivé à la suite de pressions des autorités locales, et la pressechinoise aurait désormais l'interdiction d'en parler...
B. Pe.
Article paru dans l'édition du 26.11.05
Ma première action : Je boycotte les JO de 2008
et na !!
@ bientôt
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