jeudi 04 mars 2010
Les coquelicots se sont réfugiés en bordures des parcelles cultivées.
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Les temps changent. Au Salon de l'agriculture, l'Inra (1) prône une certaine tolérance vis-à-vis de ces végétaux mal aimés, mais très utiles à la biodiversité.
Depuis 8 000 ans dans nos champs. Originaires de la vallée de l'Euphrate, creuset de multiples végétaux, les soi-disant mauvaises herbes ont voyagé vers nos contrées en compagnie des premières graines de céréales. Les chercheurs de l'Inra, spécialistes des adventices ¯ le nom savant des mauvaises herbes ¯ les baptisent espèces archéotypes. Une seconde génération, les néophytes, a débarqué plus récemment à cause du développement des échanges commerciaux à travers la planète. L'ambroisie vient, par exemple, de l'Amérique.
400 espèces en déclin. Pas facile la vie des mauvaises herbes. Pendant des décennies, elles ont été traquées et éliminées à grands coups d'herbicides, car la plupart des paysans voulaient des champs « propres » exempts de la moindre plantule indésirable. Les coquelicots et autres bleuets se sont réfugiés en bordures de parcelles, ultimes oasis de biodiversité encerclées par les champs de monocultures. « En 1970, on comptait 17 espèces d'adventices en moyenne par hectare dans une région de la Côte-d'Or, remarque Henri Darmency, directeur de recherches à l'Inra de Dijon. Trente ans après, elles étaient tombées à 9 par parcelle. » Pas franchement une bonne nouvelle, car leurs graines servent de nourriture aux oiseaux et aux insectes. Sans parler des services rendus aux abeilles et autres insectes pollinisateurs lors de la floraison de ces fleurs sauvages.
Les outardes et les bleuets. Dans la plaine céréalière du sud de Niort, les scientifiques ont mis en exergue la relation entre les dernières outardes canepetières, oiseaux nicheurs des champs, et les ultimes bleuets dénichés au milieu de 35 000 ha de céréales. « Sur la carte, les points indiquant les outardes et les bleuets coïncident, remarque Henry Darmency. Il y a une corrélation entre l'oiseau et la plante même si on n'en connaît pas encore la nature. »
Guide de survie des mauvaises herbes. Pour échapper à la destruction, certaines plantes indésirables pratiquent la technique du camouflage. Elles ressemblent comme deux bouts de feuilles à leurs voisines, les bonnes plantes. D'autres, comme le vulpin, ont développé des résistances aux herbicides. Mais l'agriculteur a ses propres ruses. La technique du faux semis consiste à préparer le sol comme si on allait y enfouir des graines sauf que l'on n'en met pas. Les mauvaises herbes lèvent et sont détruites avant le vrai semis.
Adepte du compromis, Henry Darmency décrit les plantes bonnes ou « mauvaises » comme « une communauté polyvalente. L'agriculteur doit tolérer une certaine quantité d'adventices, car elles rendent de multiples services, y compris à l'agriculteur lui-même : elles attirent des insectes ravageurs des cultures éliminés par d'autres insectes ou les oiseaux. »
Jean-Paul LOUÉDOC.





