Nucléaire. Le recyclage en question [Réagissez!]
2 février 2010 - Réagir à cet article
Va-t-on retrouver des matériaux de centrales nucléaires dans les voitures, les poussettes ou les routes? Depuis mai2009, les industriels ont le droit d'intégrer des substances faiblement radioactives dans les biens de consommation.
Un nouveau danger pour la santé? Oui, affirme tout net la Commission de recherche et d'information indépendante sur la radioactivité (Criirad). Elle demande l'abrogation d'un arrêté, daté du 5mai 2009, qui ouvre droit à dérogation au principe d'interdiction d'utiliser des matières radioactives dans des biens de consommations. «Mettre des substances radioactives dans des objets, c'est augmenter le risque de cancer et de transmission de maladies génétiques. Même s'il est faible, il s'agit de pathologies très graves», souligne Corinne Castanier, directrice.
«Le droit d'exposer le public?»
L'association est d'autant plus déterminée qu'elle s'est battue ardemment pour obtenir - en 2002 - l'interdiction de l'utilisation de matières radioactives dans des objets courants. Tel était le cas des aiguilles de montre ou de réveil mais aussi de paratonnerres ou de détecteurs d'incendie, toujours très présents. «L'enjeu est considérable. Vu l'âge des centrales, ce sont des millions de tonnes de gravats, de béton, de métal ou de matières plastiques qui sont à écouler du fait du démantèlement de ces installations. On comprend qu'un exploitant préfère se débarrasser de ces déchets plutôt que de payer pour leur stockage. Mais, pour satisfaire des raisons économiques, a-t-on le droit d'exposer tout le public?» s'insurge Corinne Castanier.
«Trop laxiste»
Certes, aucune dérogation n'est possible pour les jouets, bijoux, emballages d'eau et d'aliment et l'alimentation. «Mais, à terme, n'importe quel produit est susceptible de devenir radioactif. Il n'y a aucun suivi en cas de recyclage. Qu'est-ce qui garantit que les matières radioactives utilisées dans un moteur de tracteur ne se retrouveront pas dans un jouet, une fois qu'il sera passé à la fonderie pour réutilisation du métal? Il faut empêcher cet éparpillement dans le domaine public car on perd alors toute traçabilité et moyen de contrôle», affirme la Criirad. Pour autant, l'association ne se dit pas opposée à certaines dérogations, si elles se justifient - par exemple dans le cas de pacemaker pour remplacer les piles, à durée de vie limitée - ou s'il n'y a pas d'autre solution: «Mais pas avec un texte aussi laxiste. Il faut qu'il y ait des conditions strictes et l'obligation d'informer le consommateur».
L'ASN dit non
Quoi qu'il en soit, la Criirad a déposé un recours en annulation devant le Conseil d'État, en juillet. Des lettres ouvertes ont également été envoyées aux ministres de la Santé, de l'Écologie, de l'Économie et du Logement. Une campagne de courrier a été également été lancée; plus de 6.000 lettres ont été adressées aux ministères. «Si rien ne bouge, on amplifiera la mobilisation par une pétition et on ira jusqu'au bout, comme il y a sept ans», avertit la Criirad. Une Criirad qui estime son combat d'autant plus légitime que l'ASN, l'Autorité de sûreté nucléaire, a donné, le 19novembre 2008, un avis négatif, estimant que ce projet d'arrêté «tendait à banaliser la délivrance de dérogations».
Source : Le Télégramme
Le Télégramme a écrit:Alain Rannou, expert : «Pas de risque majeur»
2 février 2010
Pas de risque majeur à utiliser des matériaux faiblement radioactifs affirme Alain Rannou, expert senior en radioprotection, conseiller scientifique du directeur de la radioprotection de l'homme à l'IRSN (1).
Qu'entend-on par «faiblement radioactif »?
La notion de faible ou forte radioactivité est fonction des risques associés. Les fortes doses (au-delà de 1 sievert) peuvent provoquer un effet clinique (réactions cutanées, perte de cheveux, détérioration du système digestif ou nerveux...) voire provoquer un décès. Des doses plus faibles peuvent provoquer un cancer ou des effets génétiques. La probabilité d'apparition dépend de l'importance de la dose. Selon la doctrine internationale, il n'existe pas de seuil en dessous duquel il n'y a pas de risque. Les règles imposent de respecter des limites de dose et de réduire les expositions aussi bas qu'il est raisonnablement possible.
Quelles sont ces limites?
Pour un travailleur, y compris dans une centrale nucléaire, elle est fixée à 20 millisievert/an. Pour le public, elle est 20 fois plus faible, soit 1 mSv/an. En fait, de 0 à 100 millisievert, on reste dans le domaine des faibles doses. Il convient par ailleurs de noter que chaque Français est exposé en moyenne entre 1 à 3millisievert/an, du fait de la radioactivité naturelle. En Bretagne, le granite génère déjà une exposition de l'ordre 0,5 millisievert/an. L'exposition peut être bien supérieure quand il y a du radon dans la maison.
Quelles doses pourrait-on recevoir en utilisant des objets intégrant des déchets radioactifs?
Cela dépend de la radioactivité ajoutée et de l'usage du produit (plus ou moins proche de l'homme au quotidien). Les doses seraient très faibles en situation normale (niveaux de 1 à plusieurs ordres de grandeur inférieurs à la limite de dose pour le public). Des dérapages seraient toujours possibles mais il ne paraît pas probable qu'ils conduisent à un problème sanitaire.
Et si l'objet est recyclé?
La question importante est celle de la traçabilité des substances radioactives, quel que soit le risque associé. L'ajout de radioactivité dans des biens sera désormais dûment autorisé sur la base d'une évaluation des expositions depuis leur fabrication jusqu'à leur élimination.
Ne serait-il pas plus sûr d'interdire toute utilisation de ces déchets dans des biens de consommation?
Ce serait plus confortable. C'est la raison pour laquelle la règle en France est l'interdiction d'ajouter de la radioactivité dans les biens de consommation, sauf dérogation. Il n'y a pas de raison de craindre ce régime de dérogation s'il n'est pas appliqué de façon systématique mais au cas par cas
et sérieusement justifié. De plus, l'autorisation est liée à des prescriptions techniques, notamment l'obligation de contrôles des matériaux en sortie d'installation. Il faut aussi que le public et le consommateur soient informés.
1. Institut de radioprotection et de la sûreté nucléaire.
Source : Le Télégramme
Après ça, j'imagine qu'ils n'oseront plus refuser les boutons radioactifs d'ascenseurs dont on parlait ici

Bientôt le label de qualité "ER" : conçu avec le plus grand soin à base d'éléments radioactifs. Une nouvelle ER commence



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"Il y a 2 choses qui sont infinies, l'univers et la bêtise humaine. Quoique pour l'univers je n'en suis pas sûr" Albert Einstein 

