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Le Discours de Seattle(1854)

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Modérateur: Modérateurs

Le Discours de Seattle(1854)

Messagede alain b » Jeu Mar 22, 2007 5:31 pm

Comme je l’ai souvent répété sur mon site, une partie de la solution pour vivre en Harmonie avec la Nature se trouve, en examinant la façon de Vivre et d’aborder la relation Homme-Nature, de certains grand Peuples de l’Histoire.

Parmis les exemples les plus récents, les Amérindiens vouaient un Respect sans limites à cette Nature qu’ils considéraient comme la Mère Protectrice, leurs permettant de Vivre à l’abri de tout besoins existentiels.

Chassés et anéantis par l’Homme soit disant civilisé, certains d’entre eux ont émis des doutes quant à l’Avenir d’une Planète « entre des mains civilisées » et certains de ces Discours sont parvenus jusqu’à nos jours, se révélant souvent être prononcés par de véritables Visionnaires.

Parmis toutes ces paroles et Discours, il en est un, prononcé en 1854 par le Grand Chef Seattle que chacun d’entre nous se devrait de lire avec la plus grande attention, car il nous ouvre les yeux et nous enseigne avec force, le Respect de la Nature.

Manifestement, dans ce Discours, le « Sauvage » Chef Seattle, fait ici preuve d’une bien plus grande Sagesse et Humanité que tous ces « Hommes civilisés » qui , au nom de l’évolution, ont jugé bon d’exterminer la quasi-totalité de son Peuple.


J'en ai réalisé un diaporama que vous pouvez soit visionner, soit enregistrer à cette adresse
http://photomaniak.com/upload/out.php/i ... EATTLE.pps

Et pour ceux qui n'ont pas l'ADSL, voici le discours:

«Le Grand Chef de Washington nous a fait part de son désir d'acheter notre terre.

Le Grand Chef nous a fait part de son amitié et de ses sentiments bienveillants. Il est très généreux, car nous savons bien qu'il n'a pas grand besoin de notre amitié en retour. Cependant, nous allons considérer votre offre, car nous savons que si nous ne vendons pas, l'homme blanc va venir avec ses fusils et va prendre notre terre. Mais peut-on acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre ? Etrange idée pour nous !

Si nous ne sommes pas propriétaires de la fraîcheur de l'air, ni du miroitement de l'eau, comment pouvez-vous nous l'acheter ? Le moindre recoin de cette terre est sacré pour mon peuple. Chaque aiguille de pin luisante, chaque grève sablonneuse, chaque écharpe de brume dans le bois noir, chaque clairière, le bourdonnement des insectes, tout cela est sacré dans la mémoire et la vie de mon peuple. La sève qui coule dans les arbres porte les souvenirs de l'homme rouge.

Les morts des hommes blancs, lorsqu'ils se promènent au milieu des étoiles, oublient leur terre natale. Nos morts n'oublient jamais la beauté de cette terre, car elle est la mère de l'homme rouge; nous faisons partie de cette terre comme elle fait partie de nous.

Les fleurs parfumées sont nos soeurs, le cerf, le cheval, le grand aigle sont nos frères; les crêtes des montagnes, les sucs des prairies, le corps chaud du poney, et l'homme lui-même, tous appartiennent à la même famille. Ainsi, lorsqu'il nous demande d'acheter notre terre, le Grand Chef de Washington exige beaucoup de nous.

Le Grand Chef nous a assuré qu'il nous en réserverait un coin, où nous pourrions vivre confortablement, nous et nos enfants, et qu'il serait notre père, et nous ses enfants. Nous allons donc considérer votre offre d'acheter notre terre, mais cela ne sera pas facile, car cette terre, pour nous, est sacrée.

L'eau étincelante des ruisseaux et des fleuves n'est pas de l'eau seulement; elle est le sang de nos ancêtres. Si nous vous vendons notre terre, vous devrez vous souvenir qu'elle est sacrée et vous devrez l'enseigner à vos enfants, et leur apprendre que chaque reflet spectral de l'eau claire des lacs raconte le passé et les souvenirs de mon peuple. Le murmure de l'eau est la voix du père de mon père.

Les fleuves sont nos frères; ils étanchent notre soif. Les fleuves portent nos canoës et nourrissent nos enfants. Si nous vous vendons notre terre, vous devrez vous souvenir que les fleuves sont nos frères et les vôtres, et l'enseigner à vos enfants, et vous devrez dorénavant leur témoigner la bonté que vous auriez pour un frère.

L'homme rouge a toujours reculé devant l'homme blanc, comme la brume des montagnes s'enfuit devant le soleil levant. Mais les cendres de nos pères sont sacrées. Leurs tombes sont une terre sainte; ainsi, ces collines, ces arbres, ce coin de terre sont sacrés à nos yeux. Nous savons que l'homme blanc ne comprend pas nos pensées. Pour lui, un lopin de terre en vaut un autre, car il est l'étranger qui vient de nuit piller la terre selon ses besoins. Le sol n'est pas son frère, mais son ennemi, et quand il l'a conquis, il poursuit sa route. Il laisse derrière lui les tombes de ses pères et ne s'en soucie pas.

Vous devez enseigner à vos enfants que la terre, sous leurs pieds, est faite des cendres de nos grands-parents. Afin qu'ils la respectent, dites à vos enfants que la terre est riche de la vie de notre peuple. Apprenez à vos enfants ce que nous apprenons à nos enfants, que la terre est notre mère.

Tout ce qui arrive à la terre arrive aux fils de la terre. Lorsque les hommes crachent sur la terre, ils crachent sur eux-mêmes.

Nous le savons: la terre n'appartient pas à l'homme, c'est l'homme qui appartient à la terre. Nous le savons : toutes choses sont liées comme le sang qui unit une même famille. Toutes choses sont liées.

Tout ce qui arrive à la terre arrive aux fils de la terre. L'homme n'a pas tissé la toile de la vie, il n'est qu'un fil de tissu. Tout ce qu'il fait à la toile, il le fait à lui-même. Mais nous allons considérer votre offre d'aller dans la réserve que vous destinez à mon peuple. Nous vivrons à l'écart et en paix. Qu'importe où nous passerons le reste de nos jours. Nos enfants ont vu leurs pères humiliés dans la défaite. Nos guerriers ont connu la honte ; après la défaite, ils coulent des jours oisifs et souillent leur corps de nourritures douces et de boissons fortes. Qu'importe où nous passerons le reste de nos jours ?

Ils ne sont plus nombreux. Encore quelques heures, quelques hivers, et il ne restera plus aucun des enfants des grandes tribus qui vivaient autrefois sur cette terre, ou qui errent encore dans les bois, par petits groupes; aucun ne sera là pour pleurer sur les tombes d'un peuple autrefois aussi puissant, aussi plein d'espérance que le vôtre. Mais pourquoi pleurer sur la fin de mon peuple ? Les tribus sont faites d'hommes, pas davantage. Les hommes viennent et s'en vont, comme les vagues de la mer.

Même l'homme blanc, dont le Dieu marche avec lui et lui parle comme un ami avec son ami, ne peut échapper à la destinée commune. Peut-être sommes-nous frères malgré tout; nous verrons. Mais nous savons une chose que l'homme blanc découvrira peut-être un jour: notre Dieu est le même Dieu. Vous avez beau penser aujourd'hui que vous le possédez comme vous aimeriez posséder notre terre, vous ne le pouvez pas. Il est le Dieu des hommes, et sa compassion est la même pour l'homme rouge et pour l'homme blanc.

La terre est précieuse à ses yeux, et qui porte atteinte à la terre couvre son créateur de mépris. Les blancs passeront, eux aussi, et peut-être avant les autres tribus. Continuez à souiller votre lit, et une belle nuit, vous étoufferez dans vos propres déchets. Mais dans votre perte, vous brillerez de feux éclatants, allumés par la puissance du Dieu qui vous a amenés dans ce pays, et qui, dans un dessein connu de lui, vous a donné pouvoir sur cette terre et sur l'homme rouge. Cette destinée est pour nous un mystère; nous ne comprenons pas lorsque tous les buffles sont massacrés, les chevaux sauvages domptés, lorsque les recoins secrets des forêts sont lourds de l'odeur d'hommes nombreux, l'aspect des collines mûres pour la moisson est abîmé par les câbles parlants.

Où est le fourré ? Disparu.
Où est l'aigle? Il n'est plus.
Qu'est-ce que dire adieu au poney agile et à la chasse ? C'est finir de
vivre et se mettre à survivre.

Ainsi donc, nous allons considérer votre offre d'acheter notre terre. Et si nous acceptons, ce sera pour être bien sûrs de recevoir la réserve que vous nous avez promise. Là, peut-être, nous pourrons finir les brèves journées qui nous restent à vivre selon nos désirs. Et lorsque le dernier homme rouge aura disparu de cette terre, et que son souvenir ne sera plus que l'ombre d'un nuage glissant sur la prairie, ces rives et ces forêts abriteront encore les esprits de mon peuple. Car ils aiment cette terre comme le nouveau-né aime le battement du coeur de sa mère. Ainsi, si nous vous vendons notre terre, aimez-la comme nous l'avons aimée. Prenez soin d'elle comme nous en avons pris soin.

Gardez en mémoire le souvenir de ce pays, tel qu'il est au moment où vous le prenez. Et de toute votre force, de toute votre pensée, de tout votre coeur, préservez-le pour vos enfants et aimez-le comme Dieu vous aime tous.

Nous savons une chose: notre Dieu est le même Dieu. Il aime cette terre. L'homme blanc lui-même ne peut pas échapper a la destinée commune. Peut-être sommes-nous frères, nous verrons. »
Le Respect de la Nature est la seule solution pour l'Avenir.
http://culte-de-la-nature.skynetblogs.be
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Messagede pipoune » Jeu Mar 22, 2007 6:24 pm

merci pour ce texte alain b, il est incroyable :shock:
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Messagede Zolix » Dim Mar 25, 2007 9:11 pm

pipoune a écrit:merci pour ce texte alain b, il est incroyable :shock:


Je l'avais déjà lu ce texte ! C'est vraiment plus que incroyable, ça fait même un peu sourir de s'imaginer! :content:
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Messagede Admin » Mar Mar 27, 2007 2:57 am

C'est vrai et cela fait penser au discours de Guaipuro Cuauhtémoc, ce chef Aztèque que vous pouvez trouver ici :
http://www.eco-citoyen.org/Forum/la-ver ... vt713.html

:content:
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Messagede pipoune » Sam Juin 02, 2007 9:05 pm

je relaie le texte au fait ;-)
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Messagede animalelectro » Dim Juin 03, 2007 6:48 pm

C'est très troublant... :shock:
"Le Futur est dans la Nature!!"
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Messagede Ugatza » Dim Juin 03, 2007 8:11 pm

La spiritualité des Amérindiens est déjà, en elle même, admirable et contient les principes inspirant ce texte très émouvant.
Mais il faut être rigoureux: un désaccord existe au sujet de l'authenticité de ce discours.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Seattle_%28chef_indien%29
Il se peut donc que ce soit une vision "retouchée" et interprétée d'un discours dont personne ne peut plus vérifier le contenu exact.
Il est possible aussi que texte très dérangeant pour une certaine pensée occidentale fasse l'objet d'un travail de sape pour semer le doute, pour dénigrer la sympathie légitime pour les victimes du génocide et de la colonisation.
Des "historiens" ont bien accusé les Amérindiens d'avoir fichu en l'air eux mêmes les paysages et la nature.

Il y a donc un petit doute.
Mais il existe bien d'autres textes (témoignages recueillis par écrit) qui réunis, font bien l'équivalent de ce discours. ;-)
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Re: Le Discours de Seattle(1854)

Messagede Xian » Jeu Oct 21, 2010 7:03 pm

Le discours présenté ici, aussi merveilleux et respectueux soit-il, n'est qu'une variante qui a subie de nombreuses distorsions par rapport au discours original (qui restera peut-être à jamais inconnu).
Pour m'en faire une idée la plus objective possible, j'ai réalisé une traduction du discours de 1854 à partir de l'article rapporté par Dr H. A. Smith en 1887 dans le "Seattle Sunday Star":
http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre32445.html
Même si la version de Dr Smith n'est pas exempte de controverse, elle n'en reste pas moins la première trace écrite de ce fameux discours, et donc certainement la plus "authentique".
On peut voir que le message n'est pas si œcuménique et l'aspect écologique est plutôt sous-jacent par rapport au texte présenté sur ce forum. Il s'en dégage malgré tout une très grande lucidité et sagesse.
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Re: Le Discours de Seattle(1854)

Messagede Ugatza » Mar Mar 01, 2011 11:12 pm

En tous cas voilà un texte dont l'authenticité et la traduction sont in-discu-ta-bles.
Savourerez-vous comme moi?
Je trouve ce témoignage très intéressant.
Et je trouve aussi que la convergence avec la plupart des idées de l'écologie (ou des expériences sensibles de la nature, en tous cas des miennes :D ) n'est pas, là, un artifice.
On y retrouve en grande partie le contenu du discours du Chef Seattle, sans que la traduction puisse être mise en cause (Tahca Ushte était anglophone).

PARLER AUX HIBOUX ET AUX PAPILLONS

Asseyons-nous ici, nous tous, au milieu de l'immense prairie, d'où nous ne pouvons voir ni une autoroute ni un grillage. N'ayons pas de couvertures pour nous asseoir, mais sentons le sol sous nos corps, la molle résistance de la terre, la présence des arbustes autour de nous. Prenons l'herbe pour matelas, éprouvons sa dureté et sa douceur. Devenons pareils aux pierres, aux plantes et aux arbres. Soyons des animaux, pensons et sentons comme des animaux.

Ecoutez l'air.
Vous pouvez l'entendre, en éprouver le contact, vous pouvez sentir l'air, vous pouvez le goûter. Woniya wakan, l'air sacré, qui de son souffle revivifie la création. Woniya, woniya wakan - l'esprit, la vie, le souffle de vie, le renouveau, l'air signifie tout cela.
Woniya - nous sommes assis ensemble, sans nous toucher, et quelque chose est ici, quelque chose que nous sentons parmi nous, une présence. Une bonne manière de se mettre à penser à la nature, c'est d'en parler. Ou bien plutôt, de lui parler, de parler aux rivières, aux lacs, aux vents, tout comme nous nous parlons. Vous, les Blancs, votre présence nous rend difficile la véritable approche de la nature qui consiste à devenir partie d'elle.

Même ici nous sommes conscients de l'existence, quelque part dans les collines, de la réalité de missiles et de stations de radar. Les hommes blancs choisissent toujours les lieux beaux, grandioses, les rares sites encore vierges, pour installer ces abominations. Vous avez violenté ces terres, déclarant sans cesse : « A moi ! Sortez de là ! » Sans rendre jamais rien.

Vous vous êtes emparés de quatre-vingt mille hectares de notre réserve de Pine Ridge pour en faire un champ de tir. Cette terre est si belle, si étrange que certains d'entre vous se sont mis en tête d'en faire un parc national. Ce que vous avez fait de ce territoire jusqu'à maintenant, ça été de le changer en poudrière.

Vous n'avez pas seulement saccagé la terre, les rochers, les ressources minérales, vous dites que c'en est fini de tout ça, alors qu'ils sont parfaitement vivants. De votre fait, même les animaux, partie de nous-mêmes, partie du Grand Esprit, ne sont plus les mêmes. Ils ont été altérés d'une façon si horrible que personne ne peut plus les reconnaître. Il y a dans le bison un pouvoir magique, un pouvoir spirituel - mais il n'y a rien de tel dans le bétail des races Angus ou Hereford.
Il y a un certain pouvoir dans l'antilope, mais pas dans un bouc ou une chèvre qui n'offrent aucune résistance quand on les met en pièces, et qui viennent casser la croûte avec votre journal si vous les laissez faire. Il y a un pouvoir considérable dans le loup, et même dans le coyote. Mais vous avez fait du loup un avorton, un pékinois, un toutou d'appartement. Avec le chat vous êtes désemparés, parce qu'il est comme l'Indien, immuable. Alors vous le mettez dans l'impossibilité de se défendre, vous modifiez sa nature, vous lui ôtez les griffes, et jusqu'aux cordes vocales, pour pouvoir faire sur lui vos expériences de laboratoire sans être dérangés par ses cris.

La perdrix, le coq de bruyère, la caille, le faisan, vous les avez changés en volaille, en créatures qui ne peuvent pas s'envoler, qui portent des lunettes de soleil pour ne pas s'arracher les yeux les unes aux autres, des « volatiles » hiérarchisés, bien éduqués. Il existe des fermes où l'on élève les poulets à cause du blanc de poulet. On garde ces oiseaux dans des poulaillers si bas de plafond qu'ils vivent ratatinés sur eux-mêmes. C'est pour qu'ils se développent les muscles de la poitrine. On diffuse de la musique apaisante dans ces poulaillers. Qu'un bruit perçant s'élève et les bêtes s'affolent, se tuent en heurtant le grillage. Condamnées à passer leur vie recroquevillées, ces volailles sont transformées en aliénées, folles, des non-oiseaux.

Et les humains à leur tour deviennent peu à peu des êtres contre-nature, déshumanisés.

C'est là que vous êtes les dindons de la farce. Vous n'avez pas seulement défiguré et châtré nos cousins qui ont des ailes et nos cousins à quatre pattes ; vous vous en faites tout autant.

Vous avez transformé les hommes en pédégés, en employés de bureau, en pauvres diables qui pointent à heure fixe. Vous avez transformé les femmes en ménagères, autrement dit en mégères vraiment abominables. J'ai été invité une fois chez l'une d'elles. « Fais attention à ta cendre. Arrête-toi de fumer. Tu taches les rideaux. Gare au bocal du poisson rouge. N'appuie pas ta tête sur le papier peint, tu as les cheveux gras. Ne renverse pas d'alcool sur cette table, elle a coûté cher. Tu aurais dû t'essuyer les pieds sur le paillasson, je viens juste de cirer le parquet. Ne souffle pas sur la perruche. Gare... Fais attention... » C'est de la folie douce. Nous ne sommes pas faits pour endurer ça. Vous vivez dans des prisons que vous avez construites vous-mêmes, que vous appelez le chez-soi, le bureau, l'usine.
A la réserve, nous avons une nouvelle plaisanterie : « Qu'est-ce que la frustration culturelle? C'est d'être un grand dadais blanc de la bonne bourgeoisie vivant dans une maison de banlieue résidentielle avec la télé en couleur. »
Quelquefois je me dis que nos pitoyables cabanes en carton goudronné valent mieux que vos maisons de luxe. Faire cent pas jusqu'à l'appentis par une claire nuit d'hiver, dans la boue ou la neige, c'est de façon bien modeste être encore en contact avec la nature. Ou bien l'été, dans nos coins perdus, laisser ouverte la porte des cabinets, et prendre son temps, écouter bourdonner les insectes, avec le soleil qui filtre à travers les minces planches du plafond et vous réchauffe - c'est encore un plaisir que vous n'avez même plus.
Les Américains vivent dans l'obsession du sanitaire. Pas d'odeurs ! Même pas les bonnes odeurs naturelles de l'homme et de la femme. Supprimez l'odeur des aisselles, la senteur de la peau ! Frictionnez-vous, puis avec un petit tampon ou un vaporisateur, imprégnez-vous d'un parfum. Des trucs bien chérots, dix dollars la pièce, comme ça, vous serez rassurés, pour sentir bon, ça sentira bon. Le produit pour la mauvaise haleine. Celui pour l'intimité féminine. Je les vois défiler tous à la télé. Bientôt vous produirez une race d'hommes avec des corps sans ouvertures !
Je crois que les Blancs ont tellement peur du monde qu'ils ont créé qu'ils ne veulent pas le voir, pas l'éprouver dans leurs sens, pas en connaître l'odeur, ni en entendre parler. La pluie ou la neige sur le visage, le vent glacial qui cingle, puis la fumée d'un bon feu pour se réchauffer, ou sortir d'un bain de vapeur pour plonger dans un cours d'eau glacé - voilà qui fait se sentir vraiment vivant, mais de cela, vous ne voulez plus. Se calfeutrer dans des boîtes qui abolissent la chaleur de l'été et la dure bise de l'hiver, s'enfermer dans un corps désodorisé, écouter la reproduction haute-fidélité au lieu des bruits de la nature, regarder un acteur de télé dans son numéro à sensations alors que vous-même n'en éprouvez plus, manger une nourriture sans goût - c'est votre façon de vivre.
Elle ne vaut rien.
La nourriture que vous absorbez, vous la traitez comme vous traitez vos corps, vous en retirez ce qui est naturel, le goût, l'odeur, la qualité fruste, puis vous y introduisez une couleur et une saveur artificielles. Le foie cru, le rognon cru, c'est ce que nous, les êtres à sang chaud, les types des anciens temps, nous aimons nous mettre sous la dent. Autrefois, nous avions l'habitude de manger les entrailles du bison, on faisait un match à deux, chacun se saisissant d'une extrémité des intestins, à qui atteindrait le milieu le premier. Ça, c'était manger. Ces tripes de bison pleines d'herbes de toutes sortes en fermentation, à moitié digérées - ça vous dispensait de comprimés et de vitamines. Pour donner de la saveur, au lieu de sucre et de sel raffinés, rien de mieux que la bile des animaux, son amertume fait merveille. Un bon pâté de viande, -de rognon et de baies, un wasna - une portion de ce délectable wasna vous donnait des forces pour la journée. Ça c'était une nourriture vraiment nutritive, du solide. Pas ce qu'on nous donne aujourd'hui : lait en poudre, ceufs déshydratés, beurre pasteurisé, poulets où il n'y a plus que le blanc et les os comme des allumettes. Le volatile est mort dans un poulet comme ça.
Vous ne voulez plus du volatile. Vous n'avez pas le cran de tuer honnêtement - de trancher la tête du poulet, de le plumer et de le vider. Ça, c'est fini. Vous ne voulez pas avoir mauvaise conscience. Alors vous ramenez le poulet dans un sac de plastique impeccable, bien découpé, prêt à être servi, sans saveur. Vos manteaux de vison ou de loutre, vous voulez ignorer le sang et le mal qu'il a fallu pour les faire. Votre idée de la guerre - se tenir assis dans un avion, bien au-dessus des nuages, ne jamais regarder au-dessous des nuages - c'est toujours la non-culpabilité, la désensibilisation, le style de vie aseptisé, hygiénique.

Quand nous tuions un bison, nous savions ce que nous faisions. Nous nous excusions auprès de son esprit, nous essayions de lui faire comprendre pourquoi nous agissions ainsi, nous honorions d'une prière les os de ceux qui donnaient leur chair pour nous garder en vie, une prière pour leur retour à la vie, pour la vie de nos frères de la nation bison, autant que pour notre propre peuple.

Vous ne vouliez pas comprendre ces choses, c'est pourquoi nous avons eu le massacre de Washita, le massacre de Sand Creek, les femmes et les bébés tués à Wounded Knee.
C'est pourquoi nous avons Song My et My Lai.


Pour nous, la vie, toute vie, est sacrée. L'Etat du Sud Dakota organise la lutte contre les animaux nuisibles. Ils montent en avion et de leur avion tirent sur les coyotes. Ils dénombrent les victimes, en tiennent le compte dans leurs petits calepins. Les éleveurs les paient. Les coyotes vivent surtout de rongeurs, de mulots. A peine s'ils s'attaquent de temps à autre à un agneau égaré. Ils jouent au naturel le rôle de nos éboueurs, nous débarrassant de ce qui pourrit, de ce qui pue. Ils font même de bons animaux domestiques si on leur donne leur chance. Mais comme leur existence risque de faire perdre quelques centimes à un quidam, alors on les tue d'avion.
Ils étaient ici avant les moutons, mais ils sont gênants.
Il n'y a pas de bénéfices à tirer d'eux.
Alors on tue de plus en plus d'animaux, les animaux que le Grand Esprit a créés - mais qu'importe, ils doivent disparaître. Par la grâce des hommes, un sursis leur est parfois accordé - jusqu'à ce qu'on les mène à bord des bateaux, avec l'abattoir au bout.

C'est l'effroyable arrogance de l'homme blanc, qui se place sans vergogne au-dessus de Dieu, au-dessus de la nature, tranchant d'autorité : « Je laisse vivre cet animal-là, parce qu'il me rapporte ; l'espace qu'il occupe doit être mieux utilisé. Le seul bon coyote est le coyote mort. » Ils traitent les coyotes presque aussi mal qu'ils traitaient les Indiens.

Hommes blancs, vous répandez la mort, vous achetez et vendez la mort.

Avec vos déodorants, vous sentez la mort, mais vous avez peur de sa réalité. Vous n'osez pas la regarder en face. Vous avez rendu la mort hygiénique, vous l'avez cachée sous le tapis, vous lui avez dérobé son honneur. Nous, Indiens, méditons beaucoup sur la mort. C'est mon cas. Ce serait aujourd'hui un jour par¬fait pour mourir - pas trop chaud ni trop froid. Un jour à laisser quelque chose de soi, une trace qui s'attarde un peu. Un jour pour un homme qui a de la chance, heureux, avec beaucoup d'amis. Un jour faste, pour parvenir au bout de son sentier. Il y a des jours moins propices. Il y a des hommes égoïstes et solitaires qui ont bien du mal à quitter cette terre. Mais je suppose que pour les Blancs n'importe quel jour est néfaste.

Il y a quatre-vingts ans, les nôtres dansaient la Danse du Fantôme ; ils dansaient et chantaient jusqu'à s'évanouir et à tomber d'épuisement, en proie à des visions. Ils dansaient de cette façon pour le retour de leurs morts, pour que revienne le bison. Un prophète leur avait dit que, par le pouvoir de la danse du fantôme, la terre s'enroulerait à la façon d'un tapis, emportant toutes les oeuvres de l'homme blanc - les clôtures des campagnes, les villes minières avec leurs lupanars, les usines, les fermes avec leurs animaux contre-nature et qui empestent, les voies ferrées et les poteaux télégraphiques. Et sous ce monde blanc enroulé pour de bon, nous retrouverions la prairie et ses fleurs, non contaminée, avec ses hordes de bisons et d'antilopes, ses nuages d'oiseaux, donnés à tous, réjouissance commune.

(...)
Tahca Ushte “ De mémoire indienne” chapitre VII p130 Plon éd
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