de yogi tougoudou » Sam Oct 06, 2007 12:16 pm
Bonjour,
J'apprécie ton intervention Utgaza... Cependant (en même temps que j'écris, je me pose la question de ce qui me motive, en profondeur, à t'écrire ça), ton intervention m'interpelle...
Ce discours, si je le trouve bien fondé, et donc légitime, manque cependant, à mon sens, de portée en raison de son aspect foncièrement culpabilisant... D'une part je crois que tu prêches à des convertis, d'autre part, je me demande si ce type d'harangue est vraiment efficace (même si en soi c'est très, très valable)...
Je ne sais pas... J'ai tenu un discours similaire, culpabilisant, à une de mes collègues, au sujet des 4x4, elle voudrait en acheter un, elle est trop à donf' dessus... J'ai un pris un ton un peu comme le tien, je l'ai harangué, interpellé, voire sermoné tel un prédicateur... Elle n'y est pas restée insensible, mais vois-tu, comme c'est curieux l'être humain, elle a vu que par son comportement anti-écolo, elle m'avait blessé, elle a alors fait des petits gestes, symboliques, tout au long de l'après-midi ayant suivi la conversation, visant à se faire pardonner... "
Je te demande pardon, si j'achète le 4x4"... Elle va l'acheter, bien sûr, mais elle a la conscience lourde, parce que moi, qu'elle estime, qu'elle aime bien, je le lui reproche... Alors pour avoir la conscience soulagée, pour que son ami, moi, l'estime à nouveau, elle va chercher à se faire pardonner...
Ce que je veux dire, par ce petit récit, c'est qu'à mon sens le discours culpabilisant va porter à faux... Il ne répond pas aux mécanismes psychologiques profonds de l'être humain... Je renvoie ici à la théorie du cerveau triunique. Par un discours culpabilisant, qui est un discours de type rationnel (on cherche à établir la faute par un raisonnement logique), on s'adresse d'abord à la raison, à la partie de notre cerveau où se situe l'intellect, le néo-cortex. Le problème c'est qu'il lui est impossible de communiquer avec le cortex (cerveau mammifère, siège des émotions) et le paléo-cortex (cerveau reptilien, siège de l'action).
Ma collègue m'a entendu, a compris mon discours (néo-cortex) ; mais pour opérer le choix, ce n'est pas le néo-cortex qui va décider, mais le cortex, le cerveau mammifère, siège des émotions, c'est lui commande au reptilien, pas le cerveau intellectuel. Comment va-t-elle opérer ce choix ? En fonction de ces émotions, de ce qu'elle aime le plus. Elle aime bien le 4x4, elle m'aime bien. Va-t-elle abandonner le 4x4 pour moi ? Non, elle aime plus le 4x4. Mais elle m'aime bien quand même, et pour continuer à avoir ma sympathie, car elle voit que son choix va me blesser, elle va essayer de se faire pardonner.
C'est le même problème qui se pose pour nos contemporains : entre un gros 4x4 et un petit africain qui meurt de faim, qu'est-ce que tu vas choisir, qu'est-ce ton cerveau mammifère va t'inciter à choisir ? Tout dépend des préférences, des normes qui imprègnent cette partie du cerveau, de tes références. Toi, tu aimes une terre vivante, tu choisiras le petit africain. Un autre, aime se sentir fort, il achètera une 4x4.
En plus, d'après ce que j'ai cru comprendre, le combat est ici inégal, parce que le 4x4 s'adresserait directement au paléo-cortex, le reptilien, le siège de l'action. C'est un cerveau binaire : agir ou ne pas agir. Face à une situation d'agression, c'est lui qui dira s'il faut fuir ou combattre.
Ici, on lui présente un 4x4, le cerveau reptilien ne va faire ni 1, ni 2, il va le prendre pour se protéger selon le vieux réflexe (mais le reptilien est un cerveau purement de réllexe), que le plus gros gagne.
A mon sens, un discours plus intéressant, mais il existe déjà, serait de faire préférer la norme " terre vivante " à celle " bonheur = consommer ".
Pour un vrai triomphe, et que l'Afrique soit vraiment secourue, il faudrait la faire aimer, plus que tout ce qui constitue nos normes de références, de préférences.
Bien sûr, ce n'est qu'un point de vue...