Ou alors Schaeffler AG.
A la base, c'est un major en matière de roulements à billes et autres équipements pour l'automobile. Le groupe Porsche-VW est son premier client.
Mais Schaeffler A.G. vient d'absorber Continental, le fabricant de pneumatiques.
Et Continental venait juste de racheter Siemens-VDO : les moteurs électriques, les capteurs, les boîtiers de gestion.
Etrange ? Grotesque ?
Faites donc l'addition : un pneumatique, des roulements à bille, des moteurs électriques et un boîtier de gestion. Résultat : 9 mois plus tard, un moteur-roue comme le "Active Wheel" de Michelin. Ou mieux.
La machine de guerre allemande est donc lancée.
Reste à voir du côté du Japon ... est-ce que Honda, seul, a la capacité technologique de faire évoluer la FCX-Clarity, pour la doter de moteurs-roues qui incorporent une suspension active comme la WILL de Heuliez-Michelin ? Peut-être non. Dans ce cas les japonais pourraient s'unir, Honda et Toyota et Fuji, pour constituer une usine commune ou partagée, un peu comme en France il existe depuis 1969 la "Française de Mécanique" à Douvrins, société commune à Renault et au groupe PSA, totalement intégrée qui jusqu'en 2005 avait sa propre fonderie, et qui produit actuellement les moteurs TU, DV et EP (dit Prince).
Si les Japonais ne font pas telle mise en commun, ils opteront pour la solution pragmatique, comme dans leurs débuts au seuil des années 1970. Cette fois-ci, leur moteur-roue n'intègrera pas de suspension active, dès lors leurs voitures électriques seront connotées "déjà dépassées" mais elles risquent de se bien se vendre s'ils travaillent les prix, la simplicité, la durabilité et la qualité d'assemblage, en visant principalement les exportations dans les pays émergeants où l'avance technologique n'est pas déterminante pour le succès commercial.
Dans ce scénario, on peut craindre qu'ils arrivent à un monopole pour ce type de marché, immense.
Et ce ne serait que plus tard, avec les dividendes de cette stratégie, qu'ils mettraient au point l'équivalent du moteur-roue avec suspension active, au moment où il suffit de copier et d'améliorer, avec possibilité de rentabiliser immédiatement et à grande échelle en commençant à introduire du haut de gamme sur leurs immenses marchés monopolistiques, dont le niveau de vie aura augmenté.
Au rang des améliorations probables, pour telle deuxième génération : aimants légers et puissants (néodyme), circuits magnétiques allégés et à faible pertes (tôles à grains orientés), bobinages à très faible résistance électrique (proche des supraconducteurs ?), et récupération de l'énergie non seulement via le freinage électro-magnétique, mais aussi via les mouvements de la suspension. Tout ceci pour obtenir un niveau de compacité sans surchauffe autorisant la technique du moteur-roue avec suspension active à fort débattement (c'est pour cela qu'il faut être ultra-compact), puissant (50 kW), dans des jantes aussi petites que 10 pouces (Mini et Vespa) avec un confort de roulement équivalent à du 16 pouces de la première génération. Sachant que la même technique autorisera jusqu'à 100 kW en 16 pouces de deuxième génération, procurant un toucher de route d'une rare qualité. Le tapis volant ... sans le mal de l'auto, pour une fois.
Et donc, à cause d'une production entre 2 et 5 fois supérieure en volume de ces moteurs-roue de deuxième génération, améliorés, ils attaqueraient alors tous les marchés, tous azimuths, moto, voitures, utilitaires, avec un avantage technique et un avantage de prix de revient. L'Histoire risque bien de se répéter, les Japonais ayant acquis l'expertise de ce processus, contrairement aux Allemands et aux Français.
En fait, avec de tels moteurs-roue, bien gérés, n'importe qui devient capable de concevoir un véhicule à la fois sûr, confortable et joueur. Ce sera le règne du design, de la forme, de la mode. Un peu comme dans les années 1950, aux Etats-Unis, où, moyennant le gros moteur V8 et sa boîte, n'importe qui était capable de concevoir un véhicule qui avance. Un nouvel âge d'or se profile donc pour la création esthétique, en automobile.
On se rappelle les premières tractions avant, confortables, sûres, mais dont le comportement routier s'apparentait plus au camoin qu'à la voiture particilière. La Citroën DS (1955), la Renault 16 (1965), l'Audi 100 première génération (1968) et la VW K70 (1970) marchaient bien en ligne droite, mais dès que surgissait un virage, bonjour les réactions dans la direction, une fâcheuse propension à vouloir continuer tout droit si on maintenait les gaz, le train avant qui s'affaisse alors suite à la coupure des gaz, et l'apparition d'un roulis considérable. Premier progrès notable : la Citroën GS (1970) qui se distingue par une épure de direction qui ne fait pas remonter les effets du couple moteur, et une épure de suspension anti-plongée à l'avant qui fait qu'au freinage, malgré tout le poids en porte-à-faux sur l'avant, on ne pique plus du nez. Le tout secondé par une suspension hydraulique encore améliorée par rapport à la DS. Deuxième progrès notable : la VW Golf (1974) avec son essieu arrière à micro-braquages induits, ce qui en fait la première traction avant qui "aimait virer", surtout dans la définition GTi à partir de 1976. Son train arrière n'avait rien de compliqué, mis à part au niveau des bras de suspension et des supports caoutchouc, certains axes décalés qui induisaient un braquage du train arrière lorsque celui-ci était sous contrainte latérale, comme dans un virage. Autrement dit, le principe du gouvernail du bateau : une fois engagé dans le virage, c'est l'arrière qui conduit aussi. Il s'ensuit un survirage comme peut le faire une propulsion (traction arrière) qui s'inscrit d'autant mieux dans le virage que ses pneus arrières commencent à déraper parce qu'on y envoie plus de couple. Une traction avant qui affiche un certain degré de sur-virage ! Révolutionnaire, grisant ! Mais dangereux si pas maîtrisé. Une des raisons du succès fulgurant de la VW Golf, c'est cela. Puis vinrent les concurrents notamment Peugeot qui appliqua la même recette, en allant encore plus loin du côté de la puissance (Peugeot 205 1.9 GTi en 1987, 130 CV Din) et de l'agrément de conduite avec de meilleurs freins, un meilleur dispositif anti-roulis et un train arrière encore plus "joueur". Jusqu'à ce que des essayeurs indépendants révèlent le phénomène du "lever de pied en virage". Car en effet, ces voitures traction-avant qui virent vite et à plat, qui s'inscrivent de façon tranchante dans les virages, ont un vice caché : si dans le virage rapide que l'on enfile, survient un quelconque incident commandant un lever de pied de l'accélérateur, c'est le tête à queue, imparable. Normal : les véhicules traction-avant qui nous occupent ici ont un centre de gravité placé plus haut que les "vraies" voitures GT, elles ont de lourds élements mécaniques en porte-à-faux sur l'avant, de sorte qu'en décélération il s'opère un important transfert de masse vers l'avant, bien plus important qu'une "vraie" GT qui est basse et avec du poids sur l'arrière. Et par conséquent la roue arrière est fortement délestée, et elle perd dans la même proportion son adhérence latérale. Donc elle peut décrocher. Renault a également été victime de ce phénomène, les Méganes de la première série, qualifiées de "dangereuses" par une frange de journalistes français au moment du lancement, et rapidement assagies ensuite par l'usine.
Puis vint Honda, en 1987, avec le système 4WS (Four Wheel Steering) monté sur le coupé "Prélude", une solution innovante introduisant les 4 roues directrices, avec angle de braquage programmé. Pour les petits angles de braquage, les roues arrières sousvirent (braquent vers l'intérieur du virage) pour éliminer les sorties de route à haute vitesse, consécutives à des coups de volant. Impossible de perdre le contrôle sur autoroute, même à vitesse élevée, même en donnant des coups de volant. Plutôt que de pivoter rapidement en lacet et de se voir entraînée en tête à-queue par son inertie polaire, la voiture translate de façon fulgurante d'une bande de circulation à l'autre, toujours en ligne, parallèlement au sens de la circulation. Il faut avoir connu cela ! Et pour les angles de braquage plus importants, la loi s'inverse avec les roues arrières qui survirent (braquent vers l'extérieur du virage) pour diminuer le rayon de braquage au parking et améliorer la maniabilité.
Chose fondamentale, dans le système 4WS de Honda, le deuxième paramètre est la vitesse, qui fait que le passage du mode sous-virage vers sur-virage intervient plus tard, en tournant le volant.
De sorte qu'à haute vitesse, même en donnant un grand coup de volant, le système délivre du sous-virage, plutôt que du sous-virage.
Le tout, on s'en doute, avec une suspension arrière induisant un sur-virage modéré sur la roue sous contrainte, pour conférer plus d'agilité sur routes sinueuses.
Le meilleur des deux mondes ! Mais assez déroutant.
Avec le recul, on peut se demander si le bilan était si concluant que cela, à tous points de vue, car la Honda NSX (apparue en 1990), supercar et vitrine technologique, n'a jamais été équipée du système 4WS.
Il faudra penser à relire les articles du regretté Paul Frère pour se faire une idée définitive, ce dernier ayant travaillé de nombreuses années en tant que consultant pour Honda, notamment les réglages finaux de la Honda NSX et de la Honda S2000 pour les marchés européens, au moyen de séances intensives sur le Nurbürgring.
Une petite vidéo vaut mieux qu'un long discours :
http://www.dailymotion.com/video/x6xe4t ... -prel_auto
Et la fiabilité dans tout cela ? Comme d'habitude chez Honda : totale. Parce que le concept avait commencé à être étudié dès 1977, soit dix années avant la commercialisation intervenue en 1987.
http://world.honda.com/history/challeng ... xt/07.html
"L'avance par la technologie", il n'y a pas que chez les allemands ...
On verra, vingt et une années plus tard, en 2008, ce que cela donnera chez Renault, avec la Laguna GT, annoncée pour le Salon de Genève comme dotée d'un train roulant à 4 roues directrices ...
http://automobile.nouvelobs.com/nouveau ... ticle.html
L'évolution est constante et il existe aujourd'hui diverses méthodes plus ou moins raffinées pour induire du braquage au niveau du train arrière, non plus basé sur la contraine latérale, mais par exemple basé sur la contrainte sur la barre anti-roulis (immédiate également), ou basée sur l'enfoncement de la roue intérieure (lent car ralenti par l'amortisseur et l'inertie de la caisse), ou basée sur l'utilisation d'une tringlerie (Honda 4WS) ou basé sur l'utilisation d'un actuateur électrique (Renault Active Drive). Différentes pouvant être combinées.
L'évolution est constante au niveau des supports caoutchouc qui peuvent afficher des souplesses différenciées suivant la direction de l'effort, ce qui permet de gagner en précision de guidage sans sacrifier au confort pour autant qu'on arrive à canaliser les deux types de contraintes dans des axes différents.
On voit donc comment, même dans le cas d'une traction avant, il peut être judicieux d'opter pour un pack de "Active Wheels" à l'arrière, même non motrices, mais bien gérées. Car au niveau d'une "Active Wheel", tout se simplifie, et ce qu'on s'évertuait à faire via des timons, caoutchoucs, barres et renvois, on peut le faire pour infiniment moins cher, et mieux, en fonction de la vitesse, en fonction de l'angle de braquange du volant, en fonction de l'accélération latérale, en fonction du lever de pied (de l'accélérateur), en fonction de l'adhérence, via quelques capteurs d'effort et via logiciel. Ce sera de l'hyper-ESP, conférant à la voiture un caractère dynamique voire joueur, mais toujours à l'intérieur de son domaine autorisé, que rien ne permettra d'outrepasser, pas même un pied droit "soudé au plancher".
S'agissant d'utiliser des Active Whels non motrices à l'arrière, mais éventuellement capables de micro-braquages (et plus), comme l'historique du projet 4WS l'a montré dans le passé, il est essentiel de commencer par modéliser le dispositif, toutes les interactions avec le chassis, les pneus et la route, pour en déduire le comportement dynamique dans toute une série de situations.
Ce qui change radicalement, cependant, est que là où Honda arrivait dans les années 1980 à simuler le dispositif, soit au moyen d'équations, soit au moyen d'un banc de test à rouleaux, ici, aujourd'hui, à l'âge de l'informatique embarquée, on est obligés de prendre en compte le logiciel de gestion dans cette simulation.
Ce qui veut dire qu'au stade de la conception et de la mise au point, on se trouve devant un espace quasiment infini de paramètres, qu'il faut maîtriser et optimiser sur une large plage.
Il n'existe que quelques sites en Europe, dotés des outils hybrides nécessaires, notamment la mise au point du modèle mathématique de la partie mécanique y compris ses non-linéarités, et notamment la prise en compte de l'exécution du logiciel du boîtier de gestion, et notamment arriver à connecter ces deux mondes, au niveau de la simulation, pour arriver à embrasser la totalité.
S'il on a pour but de réaliser un vehicule virtuel, préalablement à sa mise en fabrication, cela implique de pouvoir simuler non seulement sa métrique, sa constitution, sa dynamique, mais aussi le comportemant de ses différents logiciels de gestion. C'est cela qui revêt la plus grande difficulté, actuellement. Bien souvent encore, on est réduit à idéaliser les fonctions de gestion dans le modèle (parce qu'on n'arrive pas à émuler exactement le logiciel de gestion ... parce qu'il n'est pas encore écrit ... parce que le boîtier de gestion n'existe pas encore) et donc lorsqu'on arrive enfin à un comportement satisfaisant, via le modèle, on doit encore mettre en chantier le boîtier de gestion et sa programmation. Et là, une fois que tout est réalisé, on peut avoir des surprises. Causées par le délai de traitement, les imprécisions des capteurs, les signaux parasites du monde réel, qu'un manque du puissance de calcul au nveau du boîtier de gestion peut induire.
On peut penser à inclure, au niveau du simulateur, le code exécutable du boîtier de gestion ainsi que le modèle du microprocesseur qui l'exécute. Mais les boîtiers de gestion moderne font appel à des processeurs 32 bits cadencés à 80 MHz, parfois dotés de plusieurs co-processeurs. Alors, aller tenter d'émuler cela, en temps réel, avec un super-calculateur ? Carrément irréalisable.
Donc pour l'instant, et il en sera ainsi tant que les boîtiers de gestion auront des puissances de traitement pas négligeables face aux super-calculateurs disponibles, la méthode la plus précise consiste à mener de front, à la fois la modélisation de tout ce qui est du domaine de la mécanique (cellule, chassis, articulations, élastomères), et la construction physique des boîtiers de gestion, aisément reprogrammables, qui exécutent les algorithmes. C'est dès lors via des interfaces physiques (génération de signaux, acquisition de signaux) que le simulateur interagit de façon réelle avec le module de gestion, lui-même ainsi placé dans des conditions aussi proches que possible du réel. Pour parachever, l'on peut pendre soin d'ajouter du bruit et des jeux de fonctionnement dans la simulation numérique, comme si les capteurs et les articulations vieillissaient, et prévoir l'impact sur le plan de la qualité et de la durabilité du système pris dans sa globalité : vieillit-il mieux que ses composants ?
Le quatrième larron, là dedans, ce sont les Chinois. Eux, ils se ruent sur les marchés à la limite de la solvabilité, où les Japonais perdent actuellement pied. Exemple parmi d'autres : Cameroun. Quelle offre les Chinois peuvent-ils développer pour ces marchés ? Réponse : commencer par du troc (phase d'amorce) puis développer une offre qui contribue à améliorer la solvabilité du client, comme lui fournir, en même temps que des moyens de transport, les sources d'énergie (électrique de préférence) qui permettent le développement économique et l'augmentation de la productivité (éoliennes, cellules solaires, pompes à chaleur, turbines, forages, irrigation, air conditionné). L'énergie douce, renouvelable, ce sont ces pays-là qui en feront l'expérience avant nous, et par ce biais, ces pays constitueront un autre immense marché, devenu solvable, naturellement converti aux énergies douces et renouvelables.
Par les différents mécanismes exposés plus haut, il est à redouter que notre écologie à nous, en Europe, sera dès lors déconsidérée et plus personne n'investira un cent dedans puisque l'expression de ces technique nouvelles s'exprimera ailleurs, dans un cycle de rentabilité autrement plus satisfaisant que ce que nous pouvons offrir.
Un train peut en cacher un autre, c'est toujours la même Histoire.