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02 - Le Loup : Questions et Reponses

Article fournit par Tite_Drine avec l'autorisation des auteurs. Merci à elle. 

Le Loup : Questions et réponses : 

Extraits de l’argumentaire publié par France Nature Environnement dans

« la voix du loup » n°20. Le texte intégral peut être consulté ici

 

  • Pourquoi le retour du loup pose-t-il tant de problèmes en France ?

- Parce que ce retour s'effectue après plus d'un demi-siècle d'absence. Entre temps, les éleveurs ont développé de nouvelles pratiques pastorales et les gestes ancestraux permettant de garder un troupeau en présence de grands prédateurs ont été oubliés (ou abandonnés par souci d'économie).
- Ensuite, parce que le loup revient dans un contexte fort difficile pour l'élevage ovin : il est la goutte d'eau qui fait déborder le vase !
- De plus, l'espèce est toujours diabolisée. La peur du loup apparaît avec la christianisation : pour la religion de l'agneau, le loup est l'incarnation du mal.
- Le retour de cette espèce exterminée par l'homme semble ressenti comme un camouflet d'autant plus que beaucoup d'opposants au loup continuent à nier la réalité et restent persuadés qu'il ne s'agit pas d'un événement naturel mais d'une présence imposée par les " écolos citadins "...

- Et enfin, le " loup bouc émissaire " existe : il représente un levier politique fort pratique pour certains syndicats agricoles et pour des élus démagogues et opportunistes.

 

  • « Si nos ancêtres ont éliminé le loup, c’est qu’ils avaient de bonnes raisons ! »

L'histoire nous prouve, hélas, que nos actions passées ne sont pas une référence - loin s'en faut - et ne nous honorent pas forcément... Dans ce cas précis, le contexte socio-économique actuel n'a plus rien à voir avec celui des siècles passés. Aujourd'hui, l'élevage est largement subventionné (à environ 60 %) et le bétail tué par le loup est indemnisé ; ce n'était pas le cas du temps de nos ancêtres et la prédation du loup sur un petit élevage familial pouvait, il est vrai, poser de vraies difficultés à une famille de paysans.

 

  • « Le loup met en péril le pastoralisme ! »

La perte de 2000 moutons en moyenne est annuellement imputée au loup dans les Alpes, en sachant que le doute profite systématiquement à l'éleveur. Parallèlement, et toutes causes confondues (chiens, maladies, foudre, dérochements), on estime à 46 000 chaque année le nombre de moutons tués ou perdus à l'échelle des Alpes françaises sur un total de 850 000 bêtes (et environ 400 000 au niveau national sur un total de 9 millions).

 

  • « La prévention ne sert à rien, il est impossible de protéger les troupeaux des attaques de loups ! »

C'est faux. De nombreux exemples dans le monde entier prouvent le contraire (Italie, Espagne, Europe de l'Est, Nord-Ouest des Etats-Unis, etc). Dans le Wyoming et le Montana, par exemple, les éleveurs travaillent en présence de nombreux prédateurs : grizzly, loup, puma, coyote... et obtiennent d'excellents résultats grâce au gardiennage des troupeaux et aux chiens de protection. Depuis 1993, la protection des troupeaux a grandement évolué en France et a démontré son efficacité ; les attaques sont en baisse constante sur les troupeaux où la prévention est correctement utilisée.

En Savoie, 72 % des brebis dont la mort est attribuée au loup sont issues de troupeaux non protégés, 4 % seulement sont issues de troupeaux bien protégés (étude DDAF 2004). Rappelons que la protection des troupeaux est prise en charge au moins à 80 % par l'Etat et l'Europe

 

  • « Les attaques n’arrêtent pas d’augmenter ! »

Non, sur les massifs où le loup est installé depuis plusieurs années, les attaques n'augmentent pas, au contraire. Elles augmentent globalement, à l'échelle des Alpes, car le loup étend son territoire, touchant du même coup des troupeaux qui ne sont pas protégés. Et il faut un certain temps pour la mise en place de la prévention : son acceptation par les éleveurs d'abord, puis l'introduction de chiens de protection dans les troupeaux et leur éducation.

 

  • « La présence du loup impose des contraintes insupportables aux éleveurs et aux bergers ! »

Certes, c'est une charge de travail supplémentaire mais qui bénéficie des mesures d'accompagnement déjà citées. Chaque métier a ses propres contraintes et doit s'adapter à l'évolution de la société. Cela dit, la présence du loup permet aussi de revaloriser le métier de berger (dont plus grand monde ne se souciait avant le retour du prédateur) et de créer de nouveaux emplois (de bergers et d'aides-bergers). De nombreux abris pastoraux et cabanes d'alpages, jusqu'alors en ruine, sont aujourd'hui remis en état sur des fonds publics - grâce au retour du loup -, permettant ainsi aux bergers d'être logés plus correctement.

 

  • « Le loup coûte trop cher à la collectivité ! »

La protection de la nature a un prix, comme tout autre chose. Le montant des deux programmes LIFE-Loup (1997 - 2003), a été de 4,7 millions € pour l'ensemble des Alpes et pour 7 ans (incluant indemnisations, mesures de prévention, suivi scientifique), soit 671 000 € par an. Soit 0,01 par an et par habitant. A comparer, par exemple, au coût du traitement des maladies de l'élevage de 46 000 000 € en 2004.

A titre de comparaison, le coût de gestion de nos ordures ménagères est de 30 à 75 € (selon les sites) par an et par habitant.

Par ailleurs, les productions agricoles (majoritairement les céréaliers) bénéficient chaque année de plus de 11 milliards € de soutien. Alors, trop cher, le loup ?

 

  • « Le loup va proliférer ! »

Impossible, le loup est un animal territorial qui occupe de vastes espaces : 200 à 250 km2. Seul le couple dominant se reproduit une fois par an et moins de la moitié des jeunes parvient à l'âge adulte. Le loup est capable de pratiquer l'auto-régulation de ses effectifs et d'ajuster sa reproduction aux proies disponibles. Un super-prédateur ne prolifère jamais sans quoi il mettrait en danger ses populations-proies et donc lui-même. La nature est parfaitement bien faite !

 

  • « Le loup tue pour le plaisir et provoque des carnages ! »

Dans des conditions naturelles, le loup ne tue que les animaux nécessaires à son alimentation et à celle de sa meute. Mais des cas exceptionnels d’over-killing (terme scientifique) peuvent se produire sur des proies domestiques : Le loup choisit ses proies en fonction de critères bien précis et le problème peut se poser quand le loup a en face de lui quantité de proies potentielles présentant toutes les caractéristiques de la proie idéale. La prédation peut alors dépasser les besoins alimentaires. Ce phénomène est tout de même assez rare, et seulement 2 à 3 brebis en moyenne sont tuées lors d’une attaque de loups.

 

  • « Les brebis tuées par le loup meurent dans d’atroces souffrances ! »

Cet argument hypocrite vise d'abord à faire oublier que la majorité des brebis sont élevées pour leur viande et sont donc destinées à l'abattoir.

Une brebis tuée par un loup va connaître quelques secondes d'effroi et mourir très rapidement sur la pâture où elle vivait. Les 6 millions de moutons (brebis, agneaux) tués chaque année dans les abattoirs subissent le stress du transport et de l'attente une fois sur place dans une ambiance et des odeurs sans équivoque et dans des conditions d'abattage souvent discutables.

 

  • « Si le pastoralisme disparaît, la montagne ne sera plus entretenue. Les moutons sont favorables à la biodiversité ! »

Les prairies naturelles d’altitude existeraient même sans pâturage, elles ne peuvent ni "s’embroussailler ", ni " se fermer ". Les troupeaux non gardés et sans plan de gestion pastorale sont au contraire un fléau pour la biodiversité : dégâts importants sur les fragiles milieux naturels d’altitude, érosion, perte de la richesse floristique et par contre coup entomologique, concurrence avec les ongulés sauvages et risque de transmission de maladies à ces derniers.

 

 

  • « Les partisans du loup sont des citadins qui ne comprennent pas le désarroi des éleveurs ! »

Le désarroi lié aux difficultés économiques, au chômage, aux délocalisations ou à la fracture sociale frappe indifféremment les urbains, rurbains, ruraux ou semi-ruraux. Les petits éleveurs sont loin d’être les seules victimes de la mondialisation de l’économie, et d’autres professions n’ont bénéficié d’aucune aide de la part des pouvoirs publics.
De plus, de nombreuses personnes favorables à la présence du loup habitent le massif alpin.

 

  • « Les loups ont été réintroduits frauduleusement : ils n’ont pas pu arriver seuls des Abruzzes ! »

Le retour naturel est prouvé par les analyses génétiques et par l'étude des mouvements de population des loups italiens. Les loups présents en France ne sont pas arrivés directement des Abruzzes puisque, depuis plus de 20 ans, on constate une expansion territoriale du loup en Italie. A partir du noyau des Abruzzes (sud de Rome), l'espèce a progressivement recolonisé ses anciens territoires, vers le nord et vers le sud de l'Italie, arrivant ainsi dans les Alpes-Maritimes. Ce phénomène de retour naturel n'est pas propre à la France, il se produit aussi en Suisse (à partir de l'Italie) ou en Allemagne, à partir des loups présents en Pologne. Le loup est également capable de parcourir d'énormes distances et il n'est pas rare que 70 km soient couverts en 24 h !


Les arguments suivants, par contre, ne sont pas extraits de l’argumentaire de France Nature Environnement susnommé.

  • « Le loup est présent dans d’autres pays, il peut être éradiqué chez nous ! »

Qu’adviendrait-il si chaque pays disait la même chose ???
De plus, les populations actuelles de loups en Europe sont isolées les unes des autres, et il y a risque de faible diversité et d'appauvrissement génétique, ce qui peut rendre ces populations vulnérables à long terme. Ce n'est que lorsqu'il y aura à nouveau des échanges naturels entre ces populations que l'on pourra (éventuellement) considérer que le loup n'est plus une espèce menacée en Europe.

Et comme la France se trouve au carrefour entre les loups d'Espagne, ceux d'Italie, et ceux de l'Europe de l'Est, nous avons donc une lourde responsabilité envers nos voisins qui ont su préserver leurs loups.

 

  • « Les textes internationaux qui protègent le loup sont obsolètes, car quand la France les a signé elle n’avait pas de loup sur son territoire ! »

Dans ce cas, pourquoi l’Italie a-t-elle signé ces mêmes textes sans réserve alors qu’à l’époque elle avait déjà beaucoup de loups sur son territoire ? Les Italiens sont-ils idiots à ce point ? Il faut dire qu’ils avaient déjà fait du loup une espèce protégée (dés 1976) sans attendre la réglementation européenne !

 

  • « Le loup est un animal dangereux, les légendes sur lui sont forcément basées sur du vrai ! »

Le loup n’est certes pas un "gentil toutou à sa mémère", comme certains essayent de le faire croire. C’est un animal sauvage, un prédateur, mais même si les cas d’attaques de loup sur l’homme existent elles demeurent extrêmement rares, et en tous cas beaucoup moins fréquentes que les attaques de chiens sur l’homme. De plus, la plupart de ces attaques sont dues à la rage, ou à des animaux acculés et qui ont donc agit en "légitime défense".
En tous cas, le loup n’est pas plus dangereux que certains animaux qui sont déjà abondants dans nos forêts, comme le cerf (dont un des représentants a tué un chasseur, en Corrèze, en septembre 2005) ou le sanglier.

Ensuite, durant le Moyen Age, il est fort probable que les loups se sont nourris de cadavres humains sur les champs de bataille et lors des épidémies de peste, ceux-ci n’étant pas ou peu enterrés. Cela a dû très certainement marquer les habitants de l’époque, très religieux, et pour qui le corps humain était comme sacré. Ceci étant combiné, d’une part, à la diabolisation du loup par l’église et, d’autre part, aux cas de loups enragés, il est alors facile de comprendre que Canis lupus soit alors apparu comme une créature monstrueuse.

La cohabitation avec le loup est possible. Non seulement possible mais

indispensable, car il est temps que notre société sache laisser sa place à la

faune sauvage.


C’est la seule voie d’avenir.

 

 

Une version plus complète de l’argumentaire (question/réponse) est disponible sur Internet, nous vous conseillons vivement de la consulter : http://perso.wanadoo.fr/Cpat/

Photos : Mickael Brangeon et joeyrunswithwolves.over-blog.com

Mai 2006

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