Christophe33 a écrit:La vie avant était peut-être plus dure mais c'était au moins la vie!
Je peux me permettre de citer le livre: "Histoire économique de l'Alsace" de Bernard Vogler et Michel Hau ?
L'hypothèse d'un très grand dénuement de la masse des ruraux alsaciens se trouve confirmée par la source qu'ont révélée Emmanuel Le Roy Ladurie et Jean-Paul Aaron : les listes des conscrits examinées par les conseils de révision. Celles-ci sont conservées, sous une forme très détaillée, dans les dépôts d'archives des différents départements français. Elles sont ventilées par cantons et leur nomenclature des causes de réforme permet de déceler plusieurs symptômes différents de carences alimentaires : le défaut de taille, le goitres, le crétinisme, le rachitisme, les caries, la taie sur l'oeil, la xérophtalmie, le scorbut, la faiblesse de constitution et la hernie. Ces causes de réformes témoignent à des degrés très inégaux, de la malnutrition et de la sous-alimentation. Le goitre et le crétinisme sont deux maladies particulièrement révélatrices de la pauvreté, surtout dans les montagnes et dans les zones inondables, aux sols dépourvus d'iode, car elles frappent ceux qui sont trop pauvres pour compenser ce déficit par une alimentation plus variée et par l'usage du sel dans la cuisine. La taille moyenne des jeunes gens est liée au niveau de leur alimentation durant leur croissance et aussi, pour des raisons mal élucidées, au niveau nutritionnel de leurs parents. La taie sur l'oeil est due à un déficit en vitamine A. Le rachitisme et les caries révèlent un manque en vitamine D. La faiblesse de constitution ressemble au rachitisme, mais elle affecte des jeunes gens déjà formés et qui ont traversé, plus ou moins longtemps avant le conseil de révision, une période de grave sous-alimentation. La hernie, causée par un affaiblissement de la musculature abdominale, tient à une carence prononcée de protéines animales.
Bien entendu, on pense que cela ne devait toucher que quelques individus. Alors, allons voir les chiffres.
En dehors du canton de Strasbourg-ville, tous les cantons de Basse-Alsace souffrent de malnutrition et de sous-alimentation durant la première moitié du XIXème siècle. Même les plus fertiles, ceux de la plaine loessique, sont à peine moins frappés que les zones déshéritées des marais proches du Rhin et des vallées vosgiennes: on observe des maxima de 40% de conscrits malnutris à Truchtersheim, en plein Kochersberg. La pauvreté rurale est alors répandue dans tout le Bas-Rhin.
Ces symptômes régressent ensuite lentement, plus ou moins tôt selon les cantons: dès le début de la monarchie de Juillet dans le vignoble (cantons de Barr et Rosheim) ou le Kochersberg (canton de Truchtersheim), quelques années plus tard dans la plupart des cantons, à l'exception des parties supérieures des vallées vosgiennes, où la malnutrition continue encore à progresser après la crise de 1845-47 zt ne commence à reculer qu'à la fin des années 1860.
Et dire que les commentateurs de l'époque se félicitent de la fin des famines qui avaient touchées la France à la fin de l'Ancien Régime.
Donc, pour résumer, une malnutrition profonde qui se traduit par des maladies assez invalidante.
C'est vrai aussi qu'ils avaient le plein emploi, en fait, il y avait trop de labeur pour pouvoir tout faire. Aujourd'hui, on estime que grâce à notre consommation d'énergie, c'est comme si on avait 50 esclaves-machines pour nous seconder.
Des exemples, tels que j'ai cité abondent dans les livres qui parlent de l'histoire économique ou celle des petites gens et plus de 90% de nos aïeux en font partie des petites gens. Si tu ne me crois pas, je peux t'en fournir d'autres, beaucoup d'autres. Tous les témoignages concordent, leurs vies étaient tout sauf enviables.
Historiquement, pour la majorité du peuple, le bon temps c'est maintenant.
Au fait, tu ne sais pas pourquoi, il n'y avait plus de famine ? Parce que l'on commençait à utiliser les engrais.