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Démystifier le nucléaire

Ce forum abordera les économies d'eau et d'électricité à la maison. Tous ces gestes eco-citoyens faciles qui ne nécessitent que la volonté de les faire tous les jours.

Modérateur: Modérateurs

Démystifier le nucléaire

Messagede matieu.a » Mar Juin 21, 2011 9:36 pm

Je vous livre une interview de Bernard Laponche, parue dans Télérama, que je trouve intéressante car elle remet les choses à leur place.
Un bon choix se fait en connaissance de cause.
Bonne lecture.
- Physicien nucléaire, polytechnicien, Bernard
Laponche est formel : la France est dans l'erreur. Avec le
nucléaire, elle s'obstine à privilégier une énergie non seulement
dangereuse mais obsolète. Alors que d'autres solutions existent,
grâce auxquelles les Allemands ont déjà commencé leur transition
énergétique.


Il est des leurs. Enfin, il était des leurs. Polytechnicien, physicien
nucléaire, Bernard Laponche a participé, dans les années 1960, au
sein du Commissariat à l'énergie atomique, à l'élaboration des
premières centrales françaises. La découverte des conditions de
travail des salariés de la Hague sera pour lui un choc : il prend
conscience du danger de l'atome, qu'il juge moralement
inacceptable. Dès les années 1980, Bernard Laponche, désormais
militant au sein de la CFDT, prône la maîtrise de la consommation
énergétique et le développement des énergies renouvelables. Les
décennies suivantes lui ont donné raison. Mais la France, seul pays
au monde à avoir choisi l'option du tout-nucléaire, s'obstine dans
l'erreur, déplore-t-il, et s'aveugle : énergie du passé, sans innovation
possible, le nucléaire ne représente pas seulement une menace
terrifiante, pour nous et pour les générations qui suivront ; il
condamne notre pays à rater le train de l'indispensable révolution
énergétique.
ITW :
On présente toujours l'énergie nucléaire comme une technologie
très sophistiquée. Vous dites qu'il s'agit juste du « moyen le plus
dangereux de faire bouillir de l'eau chaude ». C'est provocateur,
non ?

Pas vraiment... Un réacteur nucléaire n'est qu'une chaudière : il
produit de la chaleur. Mais au lieu que la chaleur, comme dans les
centrales thermiques, provienne de la combustion du charbon ou du
gaz, elle est le résultat de la fission de l'uranium. Cette chaleur, sous
forme de vapeur d'eau, entraîne une turbine qui produit de l'électricité.
L'énergie nucléaire n'est donc pas ce truc miraculeux qui verrait
l'électricité « sortir » du réacteur, comme s'il y avait une production
presque spontanée...

Pourquoi cette image s'est-elle imposée ?
Les promoteurs du nucléaire ne tiennent pas à mettre en avant la
matière première, l'uranium. C'est lié au fait qu'à l'origine le nucléaire
était militaire, donc stratégique. Et puis en laissant penser que
l'électricité est produite directement, ils lui donnent un côté magique,
ainsi qu'une puissance trois fois plus élevée, car c'est la chaleur
produite que l'on évalue, pas l'électricité. Or les deux tiers de la
chaleur sont perdus, ils réchauffent l'eau des fleuves ou de la mer qui
sert à refroidir les réacteurs.

Parlons donc du combustible...
Ce sont des crayons d'uranium, de l'uranium légèrement enrichi en
isotope 235, pour les réacteurs français. La fission est une
découverte récente (1938) : un neutron tape un noyau d'uranium qui
explose, produit des fragments, donc de l'énergie, et des neutrons,
qui vont taper d'autres noyaux – c'est la réaction en chaîne. La
multiplication des fissions produit de la chaleur. Or les fragments de
la fission sont de nouveaux produits radioactifs, qui émettent des
rayons alpha, bêta, gamma... A l'intérieur des réacteurs, vous
produisez donc de la chaleur, c'est le côté positif, mais aussi des
produits radioactifs, notamment du plutonium, le corps le plus
dangereux qu'on puisse imaginer, qui n'existe qu'à l'état de trace
dans la nature. On aurait dû s'interroger dès l'origine : ce moyen de
produire de l'eau chaude est-il acceptable ?

Cette réaction en chaîne, on peut tout de même l'arrêter à chaque
instant, non ?

Dans un fonctionnement normal, on abaisse les barres de contrôle
dans le coeur du réacteur : elles sont constituées de matériaux qui
absorbent les neutrons, ce qui arrête la réaction en chaîne. Mais il
faut continuer de refroidir les réacteurs une fois arrêtés, car les
produits radioactifs continuent de produire de la chaleur. La nature
même de la technique est donc source de risques multiples : s'il y a
une panne dans les barres de contrôle, il y a un emballement de la
réaction en chaîne, ce qui peut provoquer une explosion nucléaire ;
s'il y a une fissure dans le circuit d'eau, il y a perte de
refroidissement, la chaleur extrême détruit les gaines du
combustible, certains produits radioactifs s'échappent, on assiste à
la formation d'hydrogène, cet hydrogène entraîne des matières
radioactives et peut exploser.

Mais on multiplie les systèmes de protection...
Vous avez beau les multiplier, il y a toujours des situations dans
lesquelles ces protections ne tiennent pas. A Tchernobyl, on a
invoqué, à juste titre, un défaut du réacteur et une erreur
d'expérimentation ; à Fukushima, l'inondation causée par le tsunami.
Au Blayais, en Gironde, où la centrale a été inondée et où on a frôlé
un accident majeur, on n'avait pas prévu la tempête de 1999. Mais on
a vu des accidents sans tsunami ni inondation, comme à Three Mile
Island, aux Etats-Unis, en 1979. On peut aussi imaginer, dans de
nombreux pays, un conflit armé, un sabotage... Puisque le point de
départ, c'est la création de produits radioactifs en grande quantité, la
catastrophe est intrinsèque à la technique. Le réacteur fabrique les
moyens de sa propre destruction.

Y a-t-il eu des innovations en matière nucléaire ?
Aucun progrès technologique majeur dans le nucléaire depuis sa
naissance, dans les années 1940 et 1950. Les réacteurs actuels en
France sont les moteurs des sous-marins atomiques américains
des années 1950. En plus gros. Les réacteurs, l'enrichissement de
l'uranium et le retraitement, sont des technologies héritées de la
Seconde Guerre mondiale. On a juste augmenté la puissance et
ajouté des protections. Mais parce que le système est de plus en
plus compliqué, on s'aperçoit que ces protections ne renforcent pas
toujours la sûreté.

On a du mal à croire qu'il n'y ait eu aucune innovation majeure...
Si, le surgénérateur ! Avec Superphénix, on changeait de modèle de
réacteur. Et heureusement qu'on l'a arrêté en 1998, car il était basé
sur l'utilisation du plutonium. Le plutonium est un million de fois plus
radioactif que l'uranium. Comment a-t-on pu imaginer faire d'un
matériau aussi dangereux le combustible d'une filière de réacteurs
exportable dans le monde entier ?

Nicolas Sarkozy affirme que si l'on refuse le nucléaire, on doit
accepter de s'éclairer à la bougie. Qu'en pensez-vous ?

Il est lassant d'entendre des dirigeants qui n'y connaissent rien
continuer à dire n'importe quoi. Nicolas Sarkozy ne croit pas si bien
dire ; un jour, et pourquoi pas dès cet été, les Français s'éclaireront à
la bougie : comme nous sommes le seul pays au monde à avoir
choisi de produire 80 % de notre électricité avec une seule source, le
nucléaire, et une seule technique, le réacteur à eau pressurisée, si
nous sommes contraints d'arrêter nos réacteurs, nous retournerons
à la bougie ! Pas besoin d'une catastrophe, juste un gros pépin
générique, ou une sécheresse et une canicule exceptionnelles. Car
on ne peut pas faire bouillir l'eau des rivières. En revanche, si l'on
décidait de sortir du nucléaire en vingt ans, on pourrait démultiplier
notre inventivité énergétique pour justement éviter la bougie.

Les défenseurs du nucléaire disent qu'en France, avec notre
nouveau réacteur, l'EPR, que l'on construit à Flamanville, on arrive
à un risque quasi nul...

Chaque pays assure que ses réacteurs sont mieux que les autres.
Avant Fukushima, le discours des Japonais était le même que celui
des Français. On en est déjà à cinq réacteurs détruits (Three Mile
Island, Tchernobyl, et trois réacteurs à Fukushima) sur quatre cent
cinquante réacteurs dans le monde, des centaines de kilomètres
carrés inhabitables. La probabilité théorique, selon les experts de la
sûreté nucléaire, devait être de un pour cent mille « années-réacteur
» [une année-réacteur, c'est un réacteur fonctionnant pendant un an,
NDLR], voire un million d'années-réacteur pour un accident majeur,
type Tchernobyl ! La réalité de ce qui a été constaté est trois cents
fois supérieure à ces savants calculs. Il y a donc une forte probabilité
d'un accident nucléaire majeur en Europe.

Une innovation majeure pourrait-elle vous conduire à revoir votre
jugement ?

Je ne vois pas de solution dans l'état actuel, non pas de l'ingénierie,
mais de la connaissance scientifique. Je ne dis pas qu'un jour un
savant ne trouvera pas un moyen d'utiliser l'énergie de liaison des
noyaux de façon astucieuse, qui ne crée pas ces montagnes de
produits radioactifs. Mais pour le moment, il n'y a pas !

Pourquoi vous opposez-vous à Iter, expérience sur la fusion menée
à Cadarache, sous l'égide de l'Agence internationale de l'énergie
atomique (AIEA) ?

La fusion, c'est l'inverse de la fission. On soude deux petits noyaux,
deux isotopes de l'hydrogène, le deutérium (un proton et un neutron)
et le tritium (un proton et deux neutrons), et cette soudure dégage de
l'énergie. Mais il faut arriver à les souder, ces noyaux ! Dans le Soleil,
ils se soudent du fait de la gravitation. Sur Terre, on peut utiliser une
bombe atomique, ça marche très bien. L'explosion provoque la
fusion des deux noyaux, qui provoque une seconde explosion
beaucoup plus forte : c'est la bombe à hydrogène, la bombe H. Pour
une fusion sans bombe, il faut créer des champs magnétiques
colossaux afin d'atteindre des températures de cent millions de
degrés. Iter, à l'origine un projet soviétique, est une expérience de
laboratoire à une échelle pharaonique, des neutrons extrêmement
puissants bombardent les parois en acier du réacteur, ces matériaux
deviennent radioactifs et doivent d'ailleurs être remplacés très
souvent. Je ne suis pas spécialiste de la fusion, mais je me
souviens que nos deux derniers Prix Nobel français de physique,
Pierre-Gilles de Gennes et Georges Charpak, avaient dit qu'Iter n'était
pas une bonne idée. Ils prônaient les recherches fondamentales
avant de construire cet énorme bazar. Personne n'a tenu compte de
leur avis, et nos politiques se sont précipités, sur des arguments de
pure communication – on refait l'énergie du Soleil – pour qu'Iter se
fasse en France.

Pourquoi ?
Parce que les Français veulent être les champions du nucléaire dans
le monde. Les Japonais voulaient Iter, mais leur Prix Nobel de
physique Masatoshi Koshiba a dit « pas question », à cause du
risque sismique. Je pense que ce projet va s'arrêter parce que son
prix augmente de façon exponentielle. Et personne ne s'est posé la
question : si jamais ça marchait ? Que serait un réacteur à fusion ?
Comme disent les gens de l'association négaWatt, pourquoi vouloir
recréer sur Terre l'énergie du Soleil puisqu'elle nous arrive en grande
quantité ?

Que répondez-vous à ceux qui pensent que l'impératif du
réchauffement climatique, donc la nécessaire réduction des
émissions de CO2, nous impose d'en passer par le nucléaire ?

Tout d'abord, on ne peut pas faire des émissions de CO2 le seul
critère de choix entre les techniques de production d'électricité. Faut-il
accepter qu'au nom du climat, tous les cinq ou dix ans, un accident
de type Fukushima se produise quelque part dans le monde ?
Ensuite, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) a montré que si l'on
voulait tenir nos objectifs de réduction des émissions de CO2, la
moitié de l'effort devait porter sur les économies d'énergie. Pour
l'autre moitié, le recours aux énergies renouvelables est essentiel, la
part du nucléaire n'en représentant que 6 %. Il faut donc relativiser
l'avantage du nucléaire.

Vous avez commencé votre carrière au CEA et avez été un artisan
de cette énergie. Que s'est-il passé ?

J'ai même fait une thèse sur le plutonium, et je ne me posais aucune
question. Tout est très compartimenté au CEA, je faisais mes calculs
sur la centrale EDF 3 de Chinon, n'avais aucune idée des risques
d'accident ni du problème des déchets. Je travaillais avec des gens
brillants. Et puis j'ai commencé à militer à la CFDT, après 68, et on
s'est intéressé aux conditions de travail des travailleurs de la Hague.
Je me suis aperçu que, moi, ingénieur dans mon bureau, je ne
connaissais rien de leurs conditions de travail, et que les gens deHague ne savaient pas ce qu'était un réacteur nucléaire. On a donc
écrit, en 1975, un bouquin collectif qui a été un best-seller,
L'Electronucléaire en France. Le patron du CEA de l'époque a
d'ailleurs reconnu la qualité de ce travail. Pour cela, j'ai travaillé
pendant six mois à partir de documents américains, parce qu'en
France il n'y avait rien. La CFDT a alors pris position contre le
programme nucléaire. J'ai commencé à travailler sur les alternatives
au nucléaire et, en 1982, je suis entré à l'Agence française pour la
maîtrise de l'énergie.

Cela fait trente ans... Que prôniez-vous à l'époque ?
Mais la même chose qu'aujourd'hui : économies d'énergie et
énergies renouvelables ! Les principes de l'électricité photovoltaïque,
donc des panneaux solaires, étaient déjà connus. Aujourd'hui, on ne
parle que de l'électricité, mais ce qu'il faudrait d'abord installer
partout, c'est des chauffe-eau solaires ! Rien de plus simple : un
fluide caloporteur circule dans un tube sous un panneau vitré, et
permet d'obtenir de l'eau à 60 degrés. L'Allemagne, pays moins
ensoleillé que la France, a dix fois plus de chauffe-eau solaires.
Dans le Midi, il n'y en a pas, ou si peu !

Cela ne demande pas beaucoup d'innovation...
L'innovation permet avant tout de réduire les coûts. L'éolien, sa
compétitivité face au nucléaire est acquise. En ce qui concerne le
photovoltaïque, les Allemands anticipent des coûts en baisse de 5 %
chaque année. Il y a beaucoup de recherches à faire sur les énergies
marines, les courants, l'énergie des vagues, la chaleur de la terre
avec la géothermie. Les énergies renouvelables, sous un mot
collectif, sont très différentes, et peuvent couvrir à peu près tous les
besoins énergétiques. Les Allemands estiment qu'elles couvriront 80
% des leurs d'ici à 2050. C'est plus que crédible, à condition de
toujours rechercher les économies d'énergie.

Le fait qu'on ait produit de l'électricité à partir du nucléaire à un
coût modique, ne prenant pas en compte les coûts du
démantèlement et de la gestion à long terme des déchets
radioactifs, a-t-il pénalisé les énergies renouvelables ?

Oui, et comme on a fait trop de centrales nucléaires, il y a toujours eu
pression pour la consommation d'électricité, et en particulier pour
son usage le plus imbécile, le chauffage électrique, pour lequel la
France est championne d'Europe. On construit des logements
médiocres, l'installation de convecteurs ne coûte rien, cela crée du
coup un problème de puissance électrique globale : en Europe, la
différence entre la consommation moyenne et la pointe hivernale est
due pour moitié à la France ! Résultat, l'hiver, nous devons acheter de
l'électricité à l'Allemagne, qui produit cette électricité avec du
charbon… Hors chauffage, les Français consomment encore 25 %
de plus d'électricité par habitant que les Allemands. Qui n'ont pas
seulement des maisons mieux isolées, mais aussi des appareils
électroménagers plus efficaces, et qui font plus attention, car
l'électricité est un peu plus chère chez eux.

Quelles sont les grandes innovations à venir en matière d'énergie ?
Les « smart grids », les réseaux intelligents ! Grâce à l'informatique,
on peut optimiser la production et la distribution d'électricité. A
l'échelle d'un village, d'une ville ou d'un département, vous pilotez la
consommation, vous pouvez faire en sorte, par exemple, que tous les
réfrigérateurs ne démarrent pas en même temps. Les défenseurs du
nucléaire mettent toujours en avant le fait que les énergies
renouvelables sont fluctuantes – le vent ne souffle pas toujours, il n'y
a pas toujours du soleil – pour asséner que si l'on supprime le
nucléaire, il faudra tant de millions d'éoliennes... Mais tout change si
l'on raisonne en termes de combinaisons ! Les Allemands étudient
des réseaux qui combinent biomasse, hydraulique, éolien,
photovoltaïque. Et ils travaillent sur la demande : la demande la nuit
est plus faible, donc avec l'éolien, la nuit, on pompe l'eau qui va
réalimenter un barrage qui fonctionnera pour la pointe de jour... C'est
cela, la grande innovation de la transition énergétique, et elle est
totalement opposée à un gros système centralisé comme le
nucléaire. Le système du futur ? Un territoire, avec des compteurs
intelligents, qui font la jonction parfaite entre consommation et
production locale. Small is beautiful. Les Allemands réussissent en
ce moment cette transition énergétique. Parce qu'ils l'ont décidée.
C'est cela, le principal : il faut prendre la décision. Cela suppose une
vraie prise de conscience.

Comment expliquez-vous l'inconscience française ?
Par l'arrogance du Corps des ingénieurs des Mines, d'une part, et la
servilité des politiques, de l'autre. Une petite caste technobureaucratique
a gouverné les questions énergétiques depuis
toujours, puisque ce sont eux qui tenaient les Charbonnages, puis le
pétrole, et ensuite le nucléaire. Ils ont toujours poussé jusqu'à
l'extrême, et imposé aux politiques, la manie mono-énergétique.

Cela vient de notre pouvoir centralisé ?
Complètement ! Dans les années 1970, un chercheur suédois a écrit
une étude sur le fait que le nucléaire marche dans certains pays et
pas dans d'autres. Et il en a conclu qu'une structure politicoadministrative
autoritaire et centralisée avait permis qu'il se
développe dans deux pays : l'URSS et la France. Pour de fausses
raisons – indépendance énergétique, puissance de la France –, on
maintient le lien entre le nucléaire civil et militaire – le CEA a une
branche applications militaires, Areva fournit du plutonium à l'armée.
Ce complexe militaro-étatico-industriel fait qu'ici on considère
madame Merkel comme une folle. Au lieu de se dire que si les
Allemands font autrement, on pourrait peut-être regarder… Non, on
décide que les Allemands sont des cons. Nos responsables
claironnent qu'on a les réacteurs les plus sûrs, que le nucléaire c'est
l'avenir, et qu'on va en vendre partout. C'est l'argument qu'on utilise
depuis toujours, et on a vendu péniblement neuf réacteurs en
cinquante ans, plus les deux qui sont en construction en Chine. Ce
n'est pas ce qui était prévu… En dix ans, les Allemands, eux, ont créé
près de 400 000 emplois dans les énergies renouvelables.
En dehors des écologistes, personne, y compris à gauche, ne
remet en cause le nucléaire...
Les choses évoluent vite. Fukushima ébranle les pro-nucléaire
honnêtes. Je pense que la décision allemande aura une influence,
pas sur nos dirigeants actuels, mais sur nos industriels et aussi sur
les financiers. Ils doivent se dire : vais-je continuer à mettre mes
billes dans un truc comme ça ? Il y avait jadis l'alliance Areva-
Siemens pour proposer des réacteurs EPR, mais Siemens en est
sorti depuis des années. On peut toujours se rassurer en pensant
que les Allemands se trompent, mais on peut difficilement soutenir
qu'ils aient fait ces dernières décennies de mauvais choix et que leur
industrie soit faiblarde...

Les écologistes peuvent-ils peser sur les socialistes ?
Bien sûr. Déjà, en 2000, tout était prêt pour l'EPR, mais Dominique
Voynet, ministre de l'Environnement, a dit à Lionel Jospin : « Si tu fais
l'EPR, je démissionne. » C'est la seule fois où elle a mis sa
démission dans la balance et l'EPR ne s'est pas fait à l'époque. Je
travaillais auprès d'elle comme conseiller sur ces questions, j'ai
pondu trois cent cinquante notes. Il y avait une bagarre quotidienne
entre le ministère de l'Environnement et le ministère de l'Industrie,
qui se moquait complètement de la sécurité. Malheureusement,
l'EPR est reparti avec Chirac en 2002. Et il va nous coûter très cher.
En un demi-siècle, on a gaspillé l'énergie, on a fait n'importe quoi. Il
est urgent de choisir une civilisation énergétique qui ne menace pas
la vie.
Propos recueillis par Vincent Remy
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Re: Démystifier le nucléaire

Messagede phyvette » Mar Juin 21, 2011 9:47 pm

Mais oui c'est ça démystifions le nucléaire.



Fre-news
Bulletin d’actualité de la Fédération romande pour l’énergie (FRE)
No 108 – le 19 juin 2011
* * *
Les à-côtés d’une « décision historique »
L’Allemagne peine à convaincre

Après l’euphorie, la gueule de bois. Les Allemands, et avec eux l’ensemble de l’Europe, prennent désormais la mesure du coût économique et politique de la sortie annoncée du nucléaire. Les critiques commencent à fuser contre la croisade verte d’Angela Merkel, jusque dans son propre parti.
Lors de la dernière réunion du G8, le 26 mai à Deauville, les sept autres membres du groupe ont refusé, poliment mais très distinctement, de suivre la chancelière allemande dans sa politique jugée aventuriste de promotion tous azimuts des sources renouvelables. « La décision allemande menace la sécurité énergétique de toute l’Europe », a déclaré de son côté Nobua Tanaka, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
L’aventurisme énergétique de Berlin inquiète tout particulièrement la France. Soucieux de ne pas écorner l’image de sa bonne entente avec Angela Merkel, Nicolas Sarkozy ne s’est pas exprimé publiquement sur le sujet jusqu’ici. Mais à Paris, la mauvaise humeur est patente. « L’abandon du nucléaire va fragiliser l’approvisionnement du pays et rendre l’électricité allemande plus chère et polluante », a déclaré le ministre de l’Industrie Eric Besson.
Le syndrome Superphénix
Les Français sont également très préoccupés par le côté messianique de l’écologisme germanique. Confortés par leur montée en puissance, les Verts allemands et leurs alliés ne vont pas se contenter de leurs succès nationaux. Ils aspirent à liquider le nucléaire dans toute l’Europe, et c’est le bastion français qui constitue tout naturellement leur cible majeure. Ils disposent à cette fin d’influents relais politiques et médiatiques en France même, avec un parti des Vert qui monte en puissance et un cheval de Troie en la personne du député européen franco-allemand Daniel Cohn-Bendit, très présent dans les médias.
A quoi s’ajoute le fait que les deux principaux quotidiens d’opinion, Libération et Le Monde, depuis leur acquisition par de puissants groupes financiers, sont devenus de véritables gazettes de combat antinucléaire, à l’image de certaines chaînes de télévision publiques et privées. On craint aussi à Paris la répétition des événements de Creys-Malville, lorsque des milliers d’écologistes allemands étaient venus perturber la construction de la centrale de Superphénix pendant les années 70.
Cette même préoccupation est partagée à l’Est. Estimant que le pari allemand sur le renouvelable est irréaliste, La Pravda, dans un récent article, soulignait le caractère russophobe des Verts allemands, ce qui pourrait mener à des tensions politiques si Berlin décidait d’annuler les accords d’approvisionnement énergétique en vigueur avec la Russie. C’est peu dire que la décision allemande porte les germes de graves conflits futurs à l’échelle continentale.

De son côté, la Fédération métallurgiste européenne craint que la décision allemande ne conduise la Commission européenne à durcir les mesures de protection du climat et à accélérer la désindustrialisation de l’Europe à cause des prix exorbitants de l’énergie issue des sources renouvelables. De surcroît, Arnod Vaatz, vice-président du groupe CDU d’Angela Merkel au Bundestag, déplore « la décision la plus désastreuse » de la politique allemande depuis la fondation de la RFA en 1949. « Une source fiable et bon marché comme le nucléaire, affirme-t-il, ne devrait pas être sacrifiée sur l’autel d’aventures énergétiques ».
La croisade écologiste allemande a des racines antérieures à l’avènement de l’atome. Dans son édition du 3 juin dernier, dans un registre plus philosophique, le quotidien Die Welt soulignait l’influence de Martin Heidegger sur l’idéologie anti-technique et anti-industrielle qui a inspiré l’abandon du nucléaire. L’article visait notamment un essai du philosophe existentialiste publié en 1949 sous le titre « Die Frage zur Technologie », véritable cri de guerre contre la reconstruction industrielle de l’Allemagne de l’après-guerre. Ce texte peut être considéré comme un précurseur du mouvement écologique radical qui a désormais investi jusqu’à la Chancellerie fédérale.
Paradoxe helvétique
Et la Suisse ? Il y a quelque chose de paradoxal, voire de schizophrène, dans les décisions en matière nucléaire prises par le Conseil fédéral et le Conseil national, pour lesquels le fameux « risque résiduel » serait devenu subitement insupportable. Or nous avons accepté ce risque pendant 40 ans, et il nous a permis de produire plus de 800 milliards de kilowattheures en évitant à la Suisse d’émettre 600 millions de tonnes de CO2.
En indiquant une date de sortie pour 2034, nos édiles estiment implicitement que ce risque reste admissible pendant les 23 prochaines années, mais qu’il deviendra inacceptable pour de nouveaux types de réacteurs, qui seront pourtant par définition plus sûrs et performants, et dans lesquels on aura intégré les enseignements de Fukushima. Tel est l’un des principaux paradoxes d’une décision que l’on s’accorde à reconnaître comme fondamentalement électoraliste.
Pour l’heure, la décision précipitée d’abandonner le nucléaire, présentée par Doris Leuthard comme « un jour historique » témoigne surtout d’une Suisse qui a mal à sa politique. Il reste à savoir dans quelle direction cette décision fera souffler le vent de l’histoire. Compte tenu du rôle crucial de la sécurité d’approvisionnement en électricité pour la sauvegarde des Etats industriels du continent, les plus grandes inquiétudes sont désormais permises.

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Re: Démystifier le nucléaire

Messagede matieu.a » Mer Juin 22, 2011 6:39 am

La FRE, un pur lobbie du nucléaire, au moins la source ne ment pas.
On aimerait que les affirmations soient étayées de données, ça aiderait.
On cite Eric Besson, l'AIE, et ça suffit à faire un argumentaire?
Je ne suis pas convaincu.

Mais beau joueur, je vais tout de même répondre.
Le coût de l'électricité augmentera nous dit l'article. Oui, ce n'est pas scoop, produire de l'énergie "propre" à un coût plus élevé. Mais il faudrait le comparer avec les centrales EPR, qui coûterons beaucoup plus cher, notamment pour des raisons de sécurité renforcée. Le coût des déchets, lui n'est d'ailleurs toujours pas évalué.
La production de CO2... Si on compare à l'éternel charbon, oui, sans doute. Pour le reste, ce serait à vérifier, dommage que l'article n'aillent pas plus loin. Normal remarque, car le coût global en production de CO2 d'une centrale n'a jamais été calculé (je parle de global, hein, de la construction à la destruction, comme on le fait pour les autres énergies)...

Mais bref, ce que je trouve intéressant dans l'interview, c'est qu'il explique le fonctionnement d'une centrale, les décisions historiques qui nous y ont mené. Après, refuser d'assurer notre sécurité pour payer l'électricité 10 ou 20€ de moins par mois, franchement, est-ce bien responsable?
Quand a l'industrie... S'il y en a moins tant mieux.
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Re: Démystifier le nucléaire

Messagede phyvette » Mer Juin 22, 2011 8:25 am

A strictement comparer les risques, nous aurions dû depuis longtemps renoncer au charbon compte tenu des dangers bien plus considérables des coups de grisou, du risque climatique du CO2 et de la silicose (on parle de 30 000 morts dans les mines Chinoises, mais les stat sont secret défense). Démanteler même nos barrages hydro-électriques dont on connaît les risques de rupture à travers le monde et à travers l’histoire. Le tsunami de fukuchima, qui n'a pas fait de morts du nucléaire, a fait 8 morts dans la rupture d'un barrage. Sans parler bien sûr des millions de mort des accidents de la route qui auraient dû depuis longtemps nous faire abandonner l’industrie automobile. Sur le même principe les nombreux morts du tabac ou de l'alcool n'ont pas générés de manifestations pour "Sortir de l'alcool", ou Sortir du tabac", ou Sortir du tout voiture".

Cette différence de traitement entre un potentiel risque (le nucléaire), et des risques avérés (climat, alcool, tabac, voitures...), me surprend toujours.

En outre le risque c'est la vie, la vie est risquée, la prise de risque est indispensable, mais doit être connue et maîtrisée autant que faire ce peut. Je crois que c'est le cas du nucléaire, comme de toutes les activités humaines. Un avion Tu-134 de 31 ans d' âge, vient de s'écraser en Russie faisant 44 morts, ou est le réseau "Sortir de l' aviation" pour dénoncer la dangerosité de ces avions qui comme l'accident de l'Airbus d'Air France Rio-Paris de juin 2009 font tant de morts innocents ?
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Re: Démystifier le nucléaire

Messagede matieu.a » Mer Juin 22, 2011 9:58 am

Sur les risques.
Attention de ne pas confondre le "risque potentiel", et la "dose de risque" encourue.
Car si un barrage peut faire beaucoup de dégâts, on sait généralement avant la rupture qu'elle aura lieu, et on peut donc évacuer les quelques hectares en danger. Dans le cas d'un accident nucléaire, arrêter une centrale est très difficile, et l'évacuation est improbable compte tenu de la zone énorme affectée.
Tu parles à juste titre du nombre de morts du charbon, mais les dégâts ne se comptent pas seulement en morts, mais en en exposition aux radiations, dans le cas du nucléaire.

Pour l'industrie automobile, je suis de ceux qui souhaitent la limiter dans de grandes proportion, notament à cause de ces risque inévitables de mortalité, nous ne sommes donc pas d'accord, mais tu admettras que je suis cohérent ;)
L'alcool et le tabac sont un choix individuel, le nucléaire est un risque collectif, c'est donc incomparable. En fumant je risque MON cancer, le nucléaire risque le cancer collectif.

"la vie est risquée", cet argument est nihiliste au possible. Et comme tu le dis "la prise de risque (...) doit être connue et maîtrisée autant que faire ce peut". C'est là qu'est notre débat.
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Re: Démystifier le nucléaire

Messagede DELAIR » Mer Juin 22, 2011 11:59 am

Faudrait aréter de montrer du doigt l'Allemagne pour son désengagement du nucléaire. Monter en épingle le danger contre le danger c'est un non-sens !
C'est aussi ne pas mettre en valeur les politiques qui jusque là nous on mis dans cette impasse !!

Aucun Expert ne peut avoir d'avis ! Le seule a mes yeux qui aura valeur est celui qui m'annonceras,

qu'il faut diminuer notre consomation en étant Citoyen, sage et en réfléchissant à ce que l'on peut mettre en place pour cela.

de donner les moyens pour palier le manque du nucléaire et donnant les solutions, car il y en a des multiples..

Et non pas en dénonçant en montrant du bout du doigts pour fustiger le charbon ! Car tout un chacun comme dans la publicité regarde le bout du doigt et pas ce qu'il pointe.... cachant les vrais solutions !
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Re: Démystifier le nucléaire

Messagede pedro431 » Mer Juin 22, 2011 4:27 pm

La peur c'est impossible à maitriser phyvette, le nucléaire c'est comme le loup-garou ou les vampires, il effraient et ou font mourir les gens de frayeur, mais en réalité ils font peu de victimes.
Passer un scanner ou une radio est aussi dangereux que se balader un bref instant à Tchernobyl, mais personne n'en parle.
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Re: Démystifier le nucléaire

Messagede phyvette » Mer Juin 22, 2011 6:37 pm

pedro431 a écrit:La peur c'est impossible à maitriser phyvette.

Certes Pédro, la peur du nucléaire est totalement irrationnel.

Mais il faut être pragmatique, il est idiot de brûler du charbon du gaz ou du pétrole pour faire de l'électricité, qui sont des énergies noble.

Le nucléaire au contraire ne peut faire que de l'électricité, autant l'utilisé pour ce qu'il sait très bien faire et garder les fossiles pour d'autres utilisations.

De toutes façons tout sera utilisé gaz, pétrole, charbon, gaz de schiste, nucléaire, clathrate. L'énergie c'est la vie et l'humanité vie de l'énergie, elle utilisera TOUT, jusqu'à la dernière goutte.
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Re: Démystifier le nucléaire

Messagede matieu.a » Mer Juin 22, 2011 7:29 pm

phyvette a écrit:
pedro431 a écrit:La peur c'est impossible à maitriser phyvette.

Certes Pédro, la peur du nucléaire est totalement irrationnel.

Ou pas.

phyvette a écrit: L'énergie c'est la vie et l'humanité vie de l'énergie, elle utilisera TOUT, jusqu'à la dernière goutte.

Oui, mais la question est : en combien de temps?
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Re: Démystifier le nucléaire

Messagede phyvette » Mer Juin 22, 2011 8:37 pm

matieu.a a écrit:Ou pas.


Si je t'assures, bon je comprends la peur du nucléaire c'est humain, et la peur a assurée la survie de l'humanité dans les périodes troublées. Mais dépasser la peur est une nécessité vitale, la peur inhibe l'action et est mauvaise conseillère. Tu verras que une fois l'émotion passée le nucléaire sera relancé, l'humanité n'a pas le choix.
matieu.a a écrit:Oui, mais la question est : en combien de temps?

Si tu veux mon avis qui ne vaut certes que pour moi, dans 100 ans il ne restera plus grand chose a se mettre sous la dent en matières de ressources épuisables.

Nous sommes comme une culture de bactérie dans une boite de Petri, on va tout bouffer jusqu'à ce que mort s'en suive, et on ne laissera que des déchets. C'est le lot de toutes espèce qui n'a pas de prédateur, occuper le maximum d'espace vital de sa niche biologique est mourir de la destruction de son biotope'.

Alors 100 ans à B.U., ou 80 ou 120, peu importe en fait et même si on divisait par deux notre consommation de ressources, ça ne ferait que doubler le nombre d'années.
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