Le document fait 2 pages mais pour résumer au maximum sans détails : il présente ici une version selon laquelle moins nombreux l'on serait, mieux l'on se porterait. Et supprime cette idée selon laquelle les vieux coûtent chers. Et selon une étude de la France (en Belgique également), "c'est le taux de natalité le plus bas qui assure la plus forte production d'actifs parmis la population totale donc permet de faire face au mieux aux problèmes sociaux et économiques". Un peu à contre sens aujourd'hui. Ont-ils raison, tords ou les 2 ?
Bonne lecture
PS : il est possible que de petits problèmes apparaissent dans le texte : j'ai utilisé un logiciel de reconnaissance de caractère et n'ai sans doute pas corrigé toutes les erreurs.
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ÉNERGIE ET CROISSANCE
Démographie, Ecologie et Economie
par Emile VIVIER*

On assiste depuis quelque temps à une offensive sur tous les fronts en faveur d'une augmentation de la natalité. Tous les arguments sont bons et quand on sait la force des idées reçues, on peut craindre que le bon sens, l'objectivité, le jugement rationnel des populations ne soient annihilés. Ce sont quelques-uns de ces arguments que je voudrais passer en revue, analyser à la lumière des faits et non des diverses philosophies, qu'elles soient morales, religieuses ou politiques, et essayer d'en tirer quelques conclusions dans les domaines socio-économiques tout en examinant les incidences sur l'environnement.
Les trois arguments les plus couramment avancés sont les suivants :
1) « La jeunesse constitue l'investissement d'une nation pour l'avenir. » Mais encore faut-il qu'il s'agisse d'un investissement rentable; aucun industriel n'investira pour fabriquer des objets en surnombre et invendables. Or actuellement, les jeunes deviennent pour une grande part des chômeurs... à la charge des personnes actives. Est-ce vraiment le bon investissement que d'augmenter les naissances pour, dans vingt ans, faire des chômeurs supplémentaires?
2) « La diminution de la natalité entraîne le vieillissement de la population. » Cependant cela ne fait ni vieillir plus vite, ni venir plus vieux, ceux qui vivent. Alors le vieillissement, c'est quoi? L'augmentation du pourcentage des personnes âgées dans la population... mais quelle importance cela a-t-il s'il n'en découle pas des charges supplémentaires pour la société? C'est un problème qui rejoint alors l'argument suivant.
3) « S'il n'y a plus assez de jeunes, il n'y aura pas suffisamment d'adultes pour payer les retraites. » Nous y voilà!
Mais c'est justement là qu'il faut envisager le problème dans sa globalité en examinant tous les aspects dans un esprit scientifique. C'est ce que je voudrais essayer de faire sans prétendre pouvoir tout traiter en quelques lignes; mais, à partir des principaux éléments de discussion, chacun pourra ultérieurement approfondir et réfléchir sur la voie tracée.
La société humaine comprend au moins 3 catégories (fig. 1) :
— les jeunes improductifs. En France ils vont jusqu'à 16 ans, parfois plus s'ils continuent leurs études;
— les adultes productifs dont, théoriquement, l'âge est compris entre 16 et 65 ans pour la majorité d'entre eux;
— les personnes âgées, qui, au-delà de 65 ans (sauf dans quelques cas de professions libérales) sont à nouveau improductives.
Une quatrième catégorie doit actuellement être prise en considération : ce sont les adultes chômeurs qui sont à classer avec les improductifs et qu'on ne peut négliger du fait du pourcentage importants qu'ils représentent.
De ces quatre catégories, seules les adultes actifs sont donc productifs. Ce sont eux qui ont à leur charge les trois autres... et non pas seulement les vieux.
Evaluer le poids des différentes catégories
Ce qui est important économiquement pour la société, ce n'est donc pas le nombre de vieux par rapport à la population mais le nombre des actifs par rapport aux trois autres catégories réunies : jeunes, chômeurs et personnes âgées.
Le problème se pose donc différemment et il faut le voir de près, en particulier il faut examiner le poids respectif des différentes catégories que doivent supporter les actifs. Il faut donc évaluer le poids économique d'un jeune, d'un chômeur, d'un vieux et multiplier cette valeur par le nombre d'individus de chaque catégorie.

Fig. 1 - Pyramide des âges de la population française (1975) montrant l'importance des différentes tranches d'âge.
Les jeunes sont séparés en deux catégories : jusqu'à 16 ans où la totalité sont des inactifs et de 16 à 19 ou 20 ans où une partie est encore inactive (études, service militaire masculin). L'importance numérique de la tranche « jeune » apparaît nettement. Les deux « creux » qui existent dans la tranche adulte correspondent aux déficits de naissances pendant les deux guerres mondiales. (D'après Dinh Guang Chi et Labat.)

Fig, 2 Courbes représentant l'évolution de la popu lotion française (proportion des adultes par rapport à l'ensemble des inactifs) dans les 2 hypothèses : taux de fécondité de 2,1 correspondant au remplacement des populations actuelles et taux de 1,8 actuel. (D'après Dinh Quang Chi et Labat.)

Fig 3 Courbes représentant l'évolution de la quantité d'adultes de la population Belge dans les 4 hypothèses suivantes :
1. Taux de fécondité très bas de 1,4; 2. Taux de fécondité actuel de 1,7; 3. Taux de remplacement de 2,1 ; 4. Taux de fécondité élevé de 2,7.
L'évaluation du coût de chacun doit être la plus complète possible. Elle doit comprendre les dépenses publiques, locales et générales, mais aussi les dépenses privées spécifiques. Une revue rapide des secteurs concernés montre les rubriques suivantes :
— pour les jeunes : allocations familiales, primes diverses à la naissance et aux familles nombreuses (y compris avantages particuliers tels que réductions accordées sur certains services), dépenses d'éducation depuis la maternelle jusqu'aux classes secondaires et supérieures (part de coût d'investissement en bâtiments scolaires, part de charge de fonctionnement y compris salaires des membres de l'enseignement), dépenses sanitaires, dépense d'entretien (alimentation, vêtements, distractions,...) etc.;
— pour les chômeurs : allocation de chômage, agences de placement (part d'investissement et de fonctionnement), dépenses de santé (prises en charge par la Sécurité sociale), etc... ;
— pour les personnes âgées : retraites, allocations diverses, foyers et maisons de retraites (part d'investissement et part de fonctionnement), dépenses sanitaires, dépenses d'entretien, etc...
Il devient évident que le coût d'un jeune, considéré sous cet aspect global, doit être supérieur et même bien supérieur à celui d'un vieux et que, par suite de l'importance beaucoup plus grande de la population de jeunes par rapport à celle des vieux, la charge qui pèse sur les actifs du fait de l'entretien des jeunes est beaucoup plus lourde que celle qui relève des personnes âgées.
De cette première remarque découlent au moins deux conséquences immédiates :
— La société qui n'aurait que des charges réduites vis-à-vis de la population jeune, serait à même de supporter beau-coup plus aisément et mieux la charge des retraités. Ainsi c'est donc la diminution des jeunes qui, contrairement à l'opinion répandue, permettra de faire face aux retraites.
— Une société d'adultes actifs qui supporterait moins de charges deviendrait nécessairement plus compétitive sur le plan économique vis-à-vis des pays extérieurs grâce à la diminution de la part sociale du prix de revient.
Dénatalité et qualité de la vie
Bien sûr, il est nécessaire d'envisager le moyen et le long terme, c'est-à-dire comment évolueraient les différentes tranches d'âge avec un taux de natalité bas. Cette recherche a été faite pour la France (1 ); elle l'a été aussi pour la Belgique qui connaît les mêmes problèmes que nous (2). Les résultats sont extrêmement clairs (fig. 2 et 3); c'est le taux le plus bas de natalité qui assure la plus forte proportion d'actifs parmi la population totale, donc permet de faire face le mieux aux problèmes sociaux et économiques. L'étude belge, présentée d'ailleurs au 6e Colloque national de démographie à Lille en 1979, a poussé les calculs jusqu'en 2060 et a examiné l'incidence des bas taux de fécondité sur les divers aspects socio-économiques : ce sont eux qui fournissent les meilleurs résultats et les seuls qui permettent le rééquilibrage de la population avec ses besoins socio-économiques.

Tout le reste n'est que mauvaise littérature ou croyances erronées. Le simple bon sens suffit d'ailleurs pour s'en rendre compte.
Naturellement il y aurait diminution de la population globale. Mais celle-ci aurait justement toute une série de conséquences positives :
— diminution de la consommation nationale d'énergie et de matières premières, donc économie de devises (3);
— diminution de la consommation d'espace;
— meilleure adéquation des travailleurs aux besoins en main-d'oeuvre, besoins réduits par l'introduction du machinisme à tous les niveaux (agriculture, industrie, tertiaire).
Il ne pourrait ainsi que s'ensuivre une amélioration de la qualité de la vie des habitants due à la conjonction de divers facteurs :
— meilleure assurance des charges tant au niveau de la vieillesse que de la jeunesse;
— meilleure couverture sociale;
— meilleure compétitivité internationale;
— amélioration de l'environnement ou, en tout cas, freinage de la dégradation.
Il est d'ailleurs à noter que ce n'est pas la forte densité de population qui fait la qualité de la vie des habitants et conditionne l'activité économique. Aux U.S.A. il n'y a guère plus de 20 habitants/km2 environ, contre près de 100 en France; si nous n'avions que cette même densité, nous ne serions que 10 à 12 millions de Français avec beaucoup plus de possibilités dans tous les domaines.
Oui, il devient urgent de modifier les mentalités déformées par les idées préconçues concernant les problèmes liés à la natalité. C'est encore plus urgent quand on voit la population mondiale augmenter dans des proportions telles que la famine est la seule issue pour beaucoup de peuples. Car il y a des chiffres dont il faut bien avoir conscience :
— la population mondiale a atteint son premier milliard en 2 ou 3 millions d'année, son 2e milliard en un siècle, son 3e milliard en trente ans, son 41 milliard en quinze ans et elle vient d'atteindre en 1980 le demi-milliard supplémentaire en cinq ans.
Il est temps d'arrêter cette prolifération suicidaire et tous les peuples, nous compris, devons y participer. Nous avons même le devoir de donner l'exemple... car la baisse de la natalité c'est bien la condition de survie de l'humanité.
(1) La population de la France à l'horizon 2000. Dinh Quang Chi et J. -C. Labat. Économie et statistique, 1978, n°
101, p. . 3-10.
(2) Les conséquences attachées aux divers niveaux de fécondité. Les limites de la décroissance. P.-M. Boulanger, A. Lambert et A. Thoreau-Sonnet (Université de Louvain, Belgique). Vle Colloque nationale de démographie, Lille,
1979.
(3) Perspectives à long terme de la population française et leurs implications économiques. H. Le Bras et G. T a pinos, Population. Numéro spécial, 1979, p. 1391-1437.
Emile Vivier : Docteur ès sciences, professeur de biologie, animateur de « Nord Nature ,, Université des Sciences et des Techniques de Lille, Biologie animale (SN 3), B.P. 36, 59650 Villeneuve-d'Ascq.
Combat Nature n° 42 - Novembre 1980
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EDIT : depuis la création création de ce sujet, j'ai envoyé un mail à Mr Emile VIVIER pour savoir ce qu'il pense de la situation aujourd'hui. Voici ça réponse
Emile VIVIER a écrit:J'ai bien reçu votre message. Par rapport à mon document de 1980 paru dans Combat-Nature, il n'y a pas de grosses différences. La pyramide des âges a un peu évolué: elle s'est élargie vers le haut, c'est à dire que les personnes âgées ont augmenté. Mais le problème fondamental reste le même: nous sommes trop nombreux et demain les jeunes vont augmenter le nombre de chômeurs. Je n'ai pas eu de renseignements des démographes belges qui avaient fait l'étude citée dans mon article. La publicité qui est faite actuellement en faveur de l'augmentation de la natalité est une grave erreur. Si j'osais, je dirai que c'est un crime contre l'Humanité. Bien sûr les vieux coutent chers, mais ils coutent moins que les jeunes, pendant moins longtemps, et ils sont moins nombreux. Cordialement . E. Vivier

"Il y a 2 choses qui sont infinies, l'univers et la bêtise humaine. Quoique pour l'univers je n'en suis pas sûr" Albert Einstein 

de voir que 29 ans plus tard, on en est toujours à faire des constats et que l'action commence à peine à démarrer.






