Allez, je me lance pour démarrer le sujet :
De toutes les activités humaines, la chasse est la plus ancienne. Le gibier a fourni à l’homme nourriture, habillement, quelquefois armes, etc….
Cela pendant qqles centaines de milliers d’années (sans doute au minimum 500000 ans).
R. ARDREY, dans son excellent livre : « et la chasse créa l’homme » (éditions stock) démontre que la prédation a eu une telle importance qu’elle a induit organisation de la société primitive, puis la culture (cf peintures rupestres Lascaux, Altamira, etc….), et très vraisemblablement les premiers cultes.
Dès lors, il n’est pas étonnant que la prédation soit inscrite au plus profond de nos gènes, et qu’elle constitue, avec l’instinct génésique, l’un des deux plus puissants instincts basiques.
Aujourd’hui encore, notre métabolisme, notre dentition restent ceux d’un prédateur.
Les 2000, ou au mieux 5000 ans d’élevage et d’agriculture qui ont suivi l’ « âge » de la prédation ne peuvent balayer aussi vite 500000 ans de prédation.
On peut le regretter, (encore que c’est quand même grâce à ses deux instincts que nous sommes aujourd’hui ici,

), mais c’est ainsi.
Même ceux d'entre nous qui ne chassent pas mangent ce qui est tué par d'autres.
Mais l’homme est en perpétuel mouvement. Avant d’être ce prédateur qu’il a indéniablement été, il était certainement frugivore, cueilleur. La prédation n’est donc pas, dans l’évolution humaine, une constante, ni à long terme une nécessité. L’Homme ne restera pas ce qu’il est aujourd’hui.
Par ailleurs, cette prédation s’est inscrite au fur et à mesure de l’évolution dans la modernité.
Il est intéressant de noter qu’il a suivi en parallèle l’évolution de l’instinct génésique.
Et ainsi, de même que l’homme ne « prend » plus sa femelle quand elle est en œstrus comme le fait encore un putois ou d’autres mammifères, (même si ttes les femelles du monde savent se faire désirer

), aujourd’hui l’homme fait la cour à la femme
L’instinct génésique – et c’est heureux- ne s’exerce plus à l’état brut. Il ne peut s’exercer qu’en se sublimant.
Il en va de même pour l’instinct de prédation. On ne peut plus « tirer » un gibier, comme on « tirait » une femelle
Hier, le chasseur faisait se précipiter dans l’abîme des troupeaux entiers, ne regardant pas à la "casse", car il ne connaissait que la facilité. Aujourd’hui, ses successeurs y mettent la manière, et se « fabriquent » des règles de prise pour faire « honneur » au gibier.
Certains peuples chasseurs remercient encore le gibier de sa mort. En France, les chasseurs les plus « modernes » rendent les honneurs au gibier dans un cérémonial codifié. (je ne parle pas de la vénerie que je considère d’une autre époque, mais de la chasse à tir)
Mais il en restera toujours quelques uns qui préféreront tirer de la volaille lâchée la veille et aller ensuite au … bordel.
L’évolution n’est pas pressée, surtout pour certains

. Et j’ai souvent pensé que ce sont les mêmes qui tirent ces faisans de basse-cour et qui fréquentent l’amour tarifié. Je pense que ça va ensemble.
Pour moi, la chasse a d’abord été une activité naturelle. Né dans une ferme, j’ai du avoir ma première fronde à l’âge où j’ai eu la force pour la tendre, ma première carabine avant dix ans.
Mon père m’appelait souvent pour l’aider à tenir la poule qu’il allait saigner, et je prenais qqle plaisir, je dois l’avouer, à trancher le cou du canard qui continuait à marcher sans son cou.
Tuer le cochon était une fête pour tous (sauf sans doute pour la bête

).
Nous n’avions dans les campagnes aucune notion d’écologie (le mot n’existait pas). Je pense que nous ne supposions même pas qu’il y ait des dates de fermeture ou d’ouverture de la chasse.
Parrainé par des braconniers, je braconnais sans même le savoir. Et même les bisets des voisins y passaient. (Il y a .. prescription!!!!

).
Et puis, plus tard, j’ai vu d’autres chasses, d’autres « natures ». La vie m’ayant assez gâtée, j’ai eu la chance de voyager et de chasser dans d’autres régions de France, mais aussi à l’étranger. J’ai été confronté à d’autres cultures, j’ai « senti » d’autres idées. Et puis je suis d’un naturel curieux. Alors je me suis mis à lire de nombreux livres d’écologie, mais aussi des livres d’opposants.
Et je voyais que tout n’étais pas faux, et même … plus. Le livre du docteur Mathieu m'avait particulièrement interpelé.
Curieux de nature aussi, j’ai fréquenté des naturalistes, et compris leur approche de la nature.
Je ne dis pas cela pour parler de moi, mais pour faire comprendre quelle a été ma réflexion et ce que je pense de la chasse aujourd’hui.
Ayant commencé cette activité comme braconnier, j’ai ensuite fait cette démarche de sublimer l’instinct, et de mettre des formes à ma prise.
Et forcément je suis allé plus loin dans ma réflexion. Et aujourd’hui, j’estime que l’homme moderne n’a plus le droit de tuer des bêtes pour son seul plaisir, son loisir.
Et même plus :
Dans cette évolution que l’Homme subit ou consent, je ne le vois pas prédateur demain (lisez : dans pas mal de millénaires).
L’Homme de demain ne sera bien entendu plus chasseur. S’il évolue bien –et il a toujours bien évolué- il ne chassera plus.
Pour cette raison, je suis heureux que la chasse perde chaque année des adhérents. Les jeunes ne sont pas intéressés, et c’est tant mieux. Il y a bien mieux à faire qu’à chasser. (j’ai longtemps regretté que mes enfants ne soient pas chasseurs. Aujourd’hui, j’en suis heureux).
Reste que pour des types comme moi, c’est très difficile de ne plus chasser. C’est un peu comme le type qui a toujours fumé : il sait que ce n’est pas bon, mais il ne peut s’arrêter.
Mais je crois que nous avons une chance : celle pour nos générations de passer de l’homme-prédateur-d’-hier à l’homme-moderne-de-demain sans secousses.
En effet, -et je réponds ainsi aux deux posts cités-, certains grands gibiers, en l’absence de prédateurs, doivent nécessairement être régulés, compte tenu des dégâts qu’ils occasionnent aux cultures et forêts.
Je crois que cela est la chance de types dans mon genre qui savent qu’ils ne sont plus dans le coup avec la chasse, mais qui ne peuvent s’en passer.
Aussi je ne m’autorise à chasser que les grands gibiers à problèmes qui sont, à mon avis : cerf, chevreuils et sangliers.
Avec qqles bémols : je ne chasse pas le sanglier tant parce que je n’en ai pas l’occasion –et je ne la cherche pas cette occasion- que parce que je considère que le problème du sanglier en France est une farce. Il commet des dégâts parce qu’il fait l’objet, de la part des chasseurs, d’un élevage à ciel ouvert, à coups de sacs de maïs. Dès lors, il est quasi domestiqué, et ceci ne m’intéresse plus. Et puis je ne veux pas cautionner ce maelström.
Le mouflon ne m’intéresse guère pour diverses raisons.
Quant à l’isard, je l’ai beaucoup chassé, mais j’estime maintenant qu’il n’a nullement besoin d’être régulé pour le moment.
Par ailleurs, et j’en reviens à ce que j’avais dit de mon évolution : quand je chasse cerfs et chevreuils, je pense que je dois le faire de la manière la plus moderne possible. Aussi je ne chasse ces gibiers qu’à l’approche et à l’affût, où on choisit la bête qu’on va tirer, et où on la tire proprement. Je suis totalement contre les battues où les chiens poursuivent (voire tuent eux-mêmes) n’importe quels gibier, et où le chasseur tire forcément n’importe comment car il doit tirer vite sur un gibier en mouvement.
Si demain, les grands prédateurs que je souhaite font ce « boulot », je rangerai définitivement ma carabine. Ca sera dur, mais je prends l’engagement de le faire.
Cependant, je ne crois pas que dans un pays « mité » par l’habitat, le tourisme, le réseau routier, etc…., nous puissions un jour avoir des prédateurs partout en quantité suffisante pour réguler le grand gibier.
Pour l’heure une certaine chasse reste nécessaire. Et je m’inscris dans cette nécessité.
Pour ces tirs, il faut mieux former le chasseur, et il ne faut autoriser que des moyens modernes de chasse.
Mais pour qqles temps encore, il faut faire avec cette chasse-régulation.
Si je devais décider, j’interdirais la chasse, et n’autoriserais que la régulation des bêtes à problème, les tirs devant être faits par des chasseurs formés, mais étant décidés par d’autres que ces chasseurs.
Cela permettrait ce passage que je souhaite de l'"homme-prédateur" à "l'homme-moderne-de-demain" sans heurt, en permettant à ceux qui sont encore vraiment prédateurs dans leurs gènes d'opérer sans douleur ce passage.
Pour ttes ces raisons, jeune, je me disais chasseur, plus tard, je me suis « bombardé » chasseur-naturaliste, puis j’ai inversé –c’est important- : naturaliste-chasseur.
Aujourd’hui, je me dis volontiers naturaliste (je sais : c’est un peu prétentieux

), et je … régule le grand gibier

.
Voilà. Ce post est trop long. Il est sans doute le résultat de 30 ans d’interrogations (plus jeune, je ne me posais pas de questions). Il a le mérite, je l’espère, de vous expliquer une certaine chasse. Et la chasse ne peut s'expliquer en qqles lignes.
Monvertvallon.
PS. "Compte supprimé", qu'est ce que je ferais si on ne t'avait pas
