Les scientifiques contestent l'interdiction de l'OGM Mon810
jeudi 24 janvier 2008, 14:42:40 |
jferre@noos.fr (José Ferré)
Il est des sujets sur lesquels il est difficile, voire impossible, de se constituer une opinion étayée. Les OGM en font partie.
Je suis en mesure de comprendre et de désapprouver fermement le brevetage du vivant et ses implications économiques.
Je comprends notamment et je désapprouve la difficulté extrême dans laquelle sont mis les agriculteurs des pays en développement, dès lors qu'ils ne peuvent plus reproduire eux-mêmes leurs semences et qu'il leur faut acheter, chaque année, comme on paie un impôt, des semences vendues par les entreprises, qui en empêchent légalement la reproduction.
Je comprends que cette pratique, ajoutée à d'autres (motorisation de l'agriculture entraînant un endettement insupportable des paysans, généralisation de l'utilisation des pesticides, politique de bas-prix à la production, imposée par la distribution), contribue à précipiter, aujourd'hui et dans les trente ans à venir, plusieurs milliards de paysans asiatiques, africains, latino-américains dans la faillite et, au-delà, vers les bidonvilles des mégapoles où eux et leurs familles espèrent trouver une vie meilleure.
Ça, je comprends et ça suffit à me rendre les OGM antipathiques.
Je comprends une deuxième chose : fabriquer des plantes résistantes aux maladies et aux insectes en intégrant dans leur “code génétique“ des éléments “pesticides“ présente un avantage évident (enfin, pas si évident que ça) : celui de l'augmentation des quantités produites. Il présente également un risque certain : celui que les plantes modifiées prennent le pas et finissent par éliminer les plantes non modifiées, moins résistantes par définition et qu'ainsi, la bio-diversité, déjà en grand danger, soit encore appauvrie.
Ça je comprends aussi et ça me rend les OGM encore moins sympathiques.
Pour le reste, comme tout bon ignare littéraire, je n'ai aucune compétence à avoir un avis scientifique sur les dangers présents ou à venir des OGM.
On me dit que les OGM sont dangereux ? Je le crois, pour la bonne raison que, comme tout un chacun, je suis plus sensible aux trains en retard qu'aux trains à l'heure. On me dit que les OGM ne sont pas dangereux ? Je prête une oreille attentive.
Apparemment, la communauté scientifique a un avis sur la question et il ne va pas dans le sens de la décision conservatoire prise par le gouvernement. Elle est même choquée que l'avis des experts soit déformé, voire manipulé, pour justifier une décision politique.
Dans un communiqué de presse, daté du 21 janvier et reproduit ci-dessous, l'Association Française pour l'information scientifique affirme que le dossier de clause de sauvegarde sur le Mon810 est scientifiquement vide et que la décision politique prise l'a étée au mépris des avis scientifiques des chercheurs.
“...
Douze scientifiques sur quinze de la haute autorité estimant publiquement avoir été trompés et trahis par les conclusions du Sénateur Jean-François Legrand ; quarante académiciens dénonçant la manipulation dans une lettre publique ; une mobilisation inégalée des chercheurs de la recherche publique en soutien de la déclaration «Pourquoi faudrait-il suspendre la culture du maïs OGM ?... »“ “... Il convient, ajoute le communiqué de presse, que la future loi sur les organismes génétiquement modifiés garantisse l’intégrité de l’expertise scientifique, en restaurant la séparation entre ce qui relève de l’expertise scientifique et ce qui relève de la prise de décision politique.“
Lisez le communiqué ci-dessous et faites-vous une opinion. Si vous pouvez...
Association Française pour l’Information Scientifique
14, rue de l’Ecole Polytechnique, 75005 Paris
Communiqué de presse du 20 janvier 2008
Le dossier de clause de sauvegarde sur le Mon810 est scientifiquement vide.
Il faut restaurer l’intégrité scientifique dans l’élaboration des décisions politiques. Le dénigrement des experts issus de la recherche publique doit cesser.
Pas de « doutes sérieux » mais au contraire un faisceau de données théoriques et expérimentales conduisant à une affirmation raisonnablement étayée : il n’y a aucun fondement scientifique à l’activation d’une clause de sauvegarde sur la culture du maïs Mon810 ; la déformation des conclusions scientifiques à des fins politiques partisanes n’est pas acceptable en démocratie : il faut restaurer l’intégrité scientifique dans l’élaboration des décisions politiques ; les attaques portées à l’intégrité et à l’indépendance des chercheurs et experts de la recherche publique française doivent cesser !
Telles sont les conclusions qui ont été tirées à l’issue du colloque « Biotechnologies et Agriculture durable » organisé le 17 janvier dernier par l’Association Française pour l’Information Scientifique (AFIS), et regroupant près de 150 personnes, en majorité des chercheurs.
Le dossier de clause de sauvegarde est scientifiquement vide
Tous les points soulevés dans l’avis sur la dissémination du MON810, émis par le Comité de préfiguration d’une haute autorité sur les OGM (dissémination, coexistence, biovigilance, sécurité sanitaire, impacts sur la faune du sol, mise en oeuvre de la liberté de choix pour le consommateur comme pour l’agriculteur, etc.) ont été présentés et discutés lors du colloque par des scientifiques spécialistes de chacun des aspects concernés.
Contrairement à ce que le sénateur Jean-François Le Grand a cru devoir conclure,
il apparaît clairement que le dossier de la clause de sauvegarde est scientifiquement vide. Non seulement l’expression « doutes sérieux » ne figurait pas dans l’avis du comité de préfiguration de la haute autorité sur les OGM mais rien ne permet de les fonder : au contraire une « certitude raisonnable » se dégage de l’innocuité sanitaire tout comme d’un impact environnemental moindre du maïs résistant à la pyrale et à la sésamie comparativement aux moyens chimiques de lutte contre ces insectes ravageurs du maïs. De plus, la plupart des faits présentés comme nouveaux ne le sont pas, il ne s’agit le plus souvent que de confirmations. Quant aux faits vraiment nouveaux publiés, ils ne résistent pas à une analyse scientifique sérieuse ou ne concernent que marginalement les aspects évoqués ; les études de terrain ne les confirment pas.
Les organisateurs ont décidé de mettre aussitôt que possible en ligne sur le site du colloque (
http://agribiotech.free.fr/ ) l’ensemble des interventions et analyses ainsi que l’ensemble des publications.
Il faut restaurer l’intégrité scientifique dans l’élaboration des décisions politiques. Il est désormais bien établi que le sénateur Jean-François Le Grand a délibérément utilisé les termes de « doutes sérieux » et
« d’effets négatifs », absents de l’avis du comité de préfiguration de la haute autorité sur les OGM dans l’objectif de mettre en oeuvre un compromis politique scellé lors du Grenelle de l’environnement et évoqué par le Premier Ministre.
Cette issue lamentable était déjà prévisible au constat du démantèlement de la Commission du Génie Biomoléculaire (constituée d’experts scientifiques de la recherche publique, et présidée par un médecin) pour lui substituer une commission « pluridisciplinaire » savamment pesée sur le plan politique et dont la présidence était confiée à un parlementaire. La confusion des genres est donc à son comble.
La manipulation politique des conclusions scientifiques à laquelle s’est prêtée l’autorité publique ne connaît pas de précédent dans la république française.
C’est ce qui explique la réaction, sans précédent elle aussi, de la communauté scientifique : douze scientifiques sur quinze de la haute autorité estimant publiquement avoir été trompés et trahis par les conclusions du Sénateur Jean-François Legrand ; quarante académiciens dénonçant la manipulation dans une lettre publique ; une mobilisation inégalée des chercheurs de la recherche publique en soutien de la déclaration « Pourquoi faudrait-il suspendre la culture du maïs OGM ? » qui, en l’espace d’un mois a collecté 1200 signatures (http://nonaumoratoire.free.fr/ ).
Il convient que la future loi sur les organismes génétiquement modifiés garantisse l’intégrité de l’expertise scientifique, en restaurant la séparation entre ce qui relève de l’expertise scientifique et ce qui relève de la prise de décision politique.
Le dénigrement de la recherche publique et des experts qui en sont issus doit cesser !
Les manipulations politiques évoquées, de la constitution du comité de préfiguration de la haute autorité sur les OGM jusqu’aux conclusions du Sénateur Jean-François Le Grand se sont déroulées sur un fond d’attaques portées à l’intégrité et à l’indépendance des experts jusqu’à présent impliqués dans l’évaluation des risques des Plantes génétiquement modifiées, en particulier au niveau de la Commission du Génie Biomoléculaire (CGB) et de l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (AFSSA).
Ces attaques sont inacceptables et les citoyens français doivent savoir que leurs experts signent des déclarations d’intérêt, pour la plupart publiques, dans les instances nationales, européennes ou plus largement internationales, déclarations qui abordent non seulement les intérêts économiques mais aussi intellectuels. Ces principes sont loin d’être respectés par ceux qui dénigrent, à des fins partisanes, la recherche et l’expertise publiques françaises ; beaucoup se parent abusivement de compétences qu’ils n’ont pas pour s’exprimer en militants, voire en citoyens, ce qui est respectable, mais doit être considéré et surtout présenté comme tel !
Il convient donc d’arrêter de mélanger les genres pour manipuler les instances et tromper les citoyens comme les autorités sur la réalité des choses. Au vu des événements récents, au vu du rapport présenté par Corine Lepage, au vu des déclarations publiques de cette dernière comme du sénateur Jean-François Le Grand, l’AFIS nourrit les plus grandes inquiétudes quant à l’issue du processus qui s’engage avec la future loi sur les organismes génétiquement modifiés.
Les ONG tout comme les prétendus organismes indépendants et experts rattachés à ces ONG n’ont aucune légitimité scientifique. L’expertise scientifique doit revenir à des commissions composées de scientifiques nommés en fonction de leurs compétences. L’AFSSA correspond à ces caractéristiques tout comme la CGB y correspondait. Elles constituent le service public de l’expertise scientifique. Il est plus qu’urgent de les réhabiliter, plutôt que de laisse accroire que l’objectivité et la neutralité viendraient de la confrontation avec des experts autoproclamés indépendants. La démocratie est aussi à ce prix.
Enfin, la démocratie gagnera à ce que soit développée l’information scientifique du public afin que chaque citoyen puisse se faire, avec un éclairage honnête des enjeux, une opinion éclairée et raisonnée. L’Association Française pour l’Information Scientifique (AFIS) regroupe des adhérents de toute origine et toute formation. Elle est indépendante de tout intérêt privé et son orientation est définie par ses seuls adhérents.
Le premier objectif qu’elle poursuit est d’informer sur l’avancement des sciences et des techniques en éclairant de façon active les choix de société dans l’optique de l’amélioration des conditions d’existence des êtres humains. Le second est de mettre en garde contre les fausses sciences et l’exploitation de la crédulité. Le troisième enfin réside dans la défense et la promotion de l’esprit scientifique en illustrant de façon récurrente qu’il n’y a pas de meilleure méthode que la méthode scientifique pour appréhender le réel avec fiabilité et qu’il n’y a pas de meilleur outil que la Raison pour poser de façon pertinente et résoudre avec succès les problèmes qui se posent aux individus et aux collectifs humains. Ces postures sont celles du rationalisme scientifique.
L’AFIS publie la revue Science et pseudo-sciences, fondée en novembre 1968, délivrée sur abonnement et chez les marchands de journaux.
Elle dispose d’un site internet :
http://www.pseudo-sciences.org
Contact : Michel Naud, président de l’AFIS
Courriel :
agribiotech@free.fr
Communiqué de presse du lundi 21 janvier 2008
Ce communiqué a été fait à l’occasion de la réunion à Lille, du 17 au 19 janvier 2008, des
« quatrièmes assises de génétique humaine et médicale »
Le bureau de la société française de génétique humaine (SFGH) souhaite faire part de sa
préoccupation et de son inquiétude après la décision de moratoire sur les cultures d’OGM en
plein champ.
• d’une part, et une fois de plus, les scientifiques ont vu leur rôle d’expert réduit, voire
dévoyé,
• d’autre part, un pan entier de la recherche et de l’innovation bio-technologique,
représenté par la transgenèse végétale, est condamnée à disparaître ou s’expatrier.
Il va sans dire que nous allons oeuvrer pour permettre à la génétique de survivre à l’idéologie.
le bureau de la SFGH