ZDNet France - 15 sept 2006 :
Santé et mobile, les rapports d'expertsfrançais mis en accusation officiellement Par Christophe Guillemin
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Société -
Une enquête ministérielle confirme le manque d'indépendance des
auteurs des rapports publics sur les dangers de la téléphonie mobile. Une
victoire pour les associations de défense de l'environnement qui réclament
une nouvelle étude épidémiologique.
Les principales études françaises sur les dangers de la téléphonie mobile
ont manqué de rigueur. Telle est la conclusion d'un rapport accablant sur
les méthodes de travail de l'agence française de sécurité sanitaire de
l'environnement et du travail (Afsset*).
En 2003, l'Afsset avait publié un premier rapport plutôt rassurant sur les
risques de la téléphonie mobile sur la santé. Mis à jour en juin 2005, ses
conclusions étaient similaires.
Critiqués par des défenseurs de l'environnement pour le manque
d'indépendance de leurs auteurs, ces rapports sont aujourd'hui mis en cause
par deux instances gouvernementales. La première est l'Inspection générale
de l'environnement (IGE), organisme de contrôle dépendant du ministère de
l'Écologie. La seconde: l'Inspection générale des affaires sociales (Igas),
structure interministérielle chargée d'évaluer les politiques publiques.
«Sans qu'il soit question de mettre en cause la valeur scientifique des
personnes ayant constitué le groupe d'experts ad hoc, la mission regrette la
faiblesse juridique du processus qui a présidé à leur désignation», peut-on
lire dans leur rapport commun.
Les dix experts ayant mené les recherches ont en effet été nommés sans les
précautions d'usage. Celles ci doivent permettre d'éviter qu'ils soient à
la fois juge et partie. En l'occurrence, qu'ils aient des rapports, de près
ou de loin, avec les opérateurs mobiles français.
Trois experts liés aux opérateurs
À leur nomination, il n'existait aucun conseil scientifique à l'Afsset,
déplore le rapport. Il n'y avait donc aucune structure «susceptible de
valider la désignation des experts et donc de garantir leur situation au
regard de conflits d'intérêts éventuels».
Et des conflits d'intérêts, il semble y en avoir eu. Le rapport estime, sans
fournir de détails, qu'il y a possibilité d'établir un «lien direct» avec
les opérateurs pour un des experts, et un «lien indirect» pour deux autres.
Il souligne également qu'en décembre 2002, le magazine Impact Médecine,
sponsorisé par un opérateur de téléphonie mobile, a publié des articles des
experts nommés par l'Afseet. Une publication effectuée alors même qu'ils
menaient leurs recherches sur les dangers de la téléphonie mobile. Cela a
«sans nul doute contribué à jeter le doute sur l'impartialité du travail qui
était en cours», estiment l'Igas et l'IGE.
Le rapport de l'Igas et l'IGE a été bouclé en décembre 2005. Mais il
n'aurait jamais été rendu public sans l'action concertée de deux association
de défense de l'environnement: - Agir pour l'environnement et Priartem
(**) - qui ont dû saisir la Commission d'accès aux documents administratifs
(Cada).
Les deux associations interprètent cette lenteur «comme une volonté des
ministères de tutelle d'enterrer un rapport gênant».
«Ce rapport est une victoire importante car il légitime les critiques que
nous avions avancées», indique à ZDNet.fr, Stéphen Kerckhove, délégué
général d'Agir pour l'environnement. «Nous attendons que les rapports, qui
n'ont plus aucune valeur, soient dépubliés et qu'une nouvelle étude de
l'Afsset soit lancée.»
Contactée, l'Afsset nous a indiqué que le rapport datait «d'une époque
révolue». Créée en 2001, l'organisme n'avait pas eu le temps de mettre en
place toutes les infrastructures nécessaires. Ce serait aujourd'hui chose
faite assure l'organisme, qui dispose notamment de plusieurs conseils
scientifiques.
Quant à d'éventuels nouveaux travaux sur la téléphonie mobile, l'organisme
ne l'exclut pas. L'Afseet attend cependant la publication d'une étude très
attendue du Centre international de recherche sur le cancer (Circ). Baptisée
"Interphone", il s'agit d'une étude internationale portant sur les effets
sanitaires dus à l'exposition aux radiofréquences de la téléphonie mobile.
Elle vise notamment à déterminer s'il existe une relation entre l'usage du
téléphone mobile et les tumeurs de la tête et du cou.
Les résultats de ces travaux sont attendus d'ici à la fin de l'année.
(*) Anciennement Afsse pour Agence française de sécurité sanitaire
environnementale.
(**) Priartem signifie "Pour une réglementation des implantations d'antennes
relais de téléphonie mobile".