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Désastre écologique multiforme, le cas de la mer d’Aral a été étudié par quantité d’experts mais les crédits n’ont pas suivi. L’urgence est désormais humanitaire.
Citation:
La mer d’Aral a commencé son reflux au cours des années 60, parce que les planificateurs soviétiques avaient détourné les fleuves Amou-Daria et Syr-Daria pour irriguer le coton et les autres cultures. De 1960 à 1990, la zone irriguée en Asie centrale est passée de 3,5 à 7,5 millions d’hectares et la région est devenue le quatrième producteur mondial de coton. Mais, dans les années 80, la mer d’Aral a reçu 10 fois moins d’eau douce qu’en 1950. Sa salinité croissante a détruit la faune et la flore marines, ravageant le secteur de la pêche. Sur les 30 espèces de poissons, toutes ont péri sauf deux.
_________________ j'aime les chats qui ont des poils aux doigts
Grâce à un barrage financé par la Banque mondiale, l'eau et les poissons reviennent dans la partie nord de cette mer, «morte» depuis plus de trente ans.
Mer d'Aral (Kazakhstan) envoyée spéciale
La scène a des allures de pêche miraculeuse. En équilibre précaire sur leur minuscule barque en bois, une paire de rames et un filet maintes fois rapiécé pour tout équipement, les pêcheurs se lancent par groupes de deux à l'assaut des flots. Leurs traits sont tirés par les heures de travail enchaînées de jour comme de nuit, les visages sont brûlés par le soleil, et les muscles souvent tétanisés par l'effort physique. Mais la récompense est au bout des filets : en quelques heures, les fonds des barques se recouvrent de poissons argentés, certains aussi grands qu'un torse. Il pourrait s'agir d'une banale journée de pêche dans une mer très poissonneuse. Mais la scène se déroule sur la mer d'Aral, une «mer morte» depuis plus de trente ans, victime de l'une des plus grandes catastrophes écologiques du XXe siècle (lire page 38).
Pêcheurs de père en fils
Pour les pêcheurs kazakhs du nord de la mer d'Aral, le miracle est apparu sous la forme d'un barrage. Partiellement financé par un prêt de la Banque mondiale, le barrage de Kok-Aral s'étire sur treize kilomètres, longue digue construite sur le point le plus étroit de cette mer dont l'assèchement a provoqué la scission en deux bassins : la Petite Aral au nord, la Grande Aral, au sud. Achevé il y a bientôt un an, en octobre 2005, il a permis à la Petite Aral de remonter de plusieurs dizaines de kilomètres en six mois. Depuis , «tout a changé», constate Murat Tajibaïev, un pêcheur venu de Kazalinsk, à 120 kilomètres de là. Les bons jours, une seule équipe ramène près de 300 kg de poissons en moins de trois heures.
Le produit de la pêche est alors vendu à des entreprises dont les camions frigorifiques, parfois de simples remorques bâchées remplies de glace, effectuent quotidiennement le trajet entre la mer et les usines de poisson et bazars des environs. «Le retour de la mer d'Aral est très important pour les habitants, car nous sommes tous pêcheurs. Maintenant, nous vivons bien, et je suis sûr qu'il y aura de plus en plus de pêcheurs à l'avenir. J'ai quatre enfants qui sont encore petits, mais j'espère qu'ils suivront mes traces. C'est un bon métier», poursuit Murat. Batarkhan Prikeïev, directeur de la coopérative de la commune de Karateryn, propriétaire d'une vaste maison, d'une voiture tout-terrain et d'une bonne dizaine de chevaux, se réjouit également des nouvelles perspectives offertes par le barrage. «Mes parents étaient pêcheurs, mon frère est pêcheur, je suis pêcheur», explique-t-il. Son fils le sera probablement aussi. Agé de 12 ans, Kuanash ne rêve que de pêche, et accompagne déjà les adultes pendant les vacances scolaires. En un quart d'heure d'exercices solitaires sur la digue, le garçon remonte dans son petit filet une dizaine de poissons, immédiatement embarqués dans les camions frigorifiques. Sa récolte lui aura rapporté l'équivalent de quatre euros, une fortune pour un enfant de Karateryn.
Un désert battu par les vents
La pêche miraculeuse, au pied du déversoir du barrage, n'a lieu que quelques mois par an, lorsque les vannes du barrage sont ouvertes pour permettre au trop-plein de la Petite Aral de se déverser dans la partie sud. Le reste du temps, les pêcheurs se contentent de prises plus modestes mais toujours profitables, effectuées dans la partie nord. Le principal mérite du barrage est d'avoir ramené la mer à quelques centaines de mètres de villages qui n'avaient pas vu l'eau depuis plus de trente ans. Autrefois quatrième plus grande mer intérieure au monde, la mer d'Aral a amorcé sa descente aux enfers dans les années 60 quand les deux fleuves qui l'alimentent (l'Amou-Daria et la Syr-Daria) ont commencé à être massivement ponctionnés pour la culture du coton. «L'eau a commencé à baisser lentement à partir de 1970, se souvient Batarkhan Prikeïev. Au début, nous n'avons pas réalisé, puis, entre 1975 et 1980, la mer s'est retirée à 100 kilomètres du village.» En 1996, elle avait perdu les trois quarts de son volume et la majorité de ses poissons, tandis que la région était devenue un désert battu par des vents de sel et de sable charriant les pesticides des champs de coton.
Il est encore trop tôt pour mesurer l'impact de la construction du barrage sur l'environnement et la santé. Mais les bénéfices économiques et sociaux de cette résurrection maritime sont d'ores et déjà perceptibles. «Avant, les gens quittaient la ville. Les usines de poisson avaient fermé. Et, dans la région, seuls les enseignants, les retraités et les travailleurs sociaux touchaient un salaire», explique Akmaral Utemisova, manager d'Aral Tenizi, une organisation humanitaire basée à Aralsk. «Maintenant, les villageois construisent de nouvelles maisons, ils achètent des voitures et des moteurs pour leurs bateaux.» Directeur de la coopérative de Tastubek, Jakhselek se réjouit du nouvel essor de son village. «Depuis 1996, après la chute de l'Union soviétique, notre village n'avait plus rien. Plus d'électricité, plus de magasins, plus rien. Il ne restait plus que trois familles. Maintenant, avec le barrage, de nouvelles familles viennent s'installer au village : il y en a quinze aujourd'hui et d'autres devraient arriver», explique-t-il. De Tastubek, la ligne bleue de la mer est désormais à portée de vue.
A Aralsk, les grues du port, qui était autrefois le plus prospère de la mer d'Aral, dressent encore leurs bras rouillés au-dessus de vastes étendues sablonneuses. Quelques carcasses de bateaux piégés par le retrait de l'eau témoignent de l'activité passée de la ville. La mer se trouve encore à plusieurs dizaines de kilomètres du port : le barrage aurait dû être bien plus haut pour le remettre en eau. Mais les habitants de la ville ont retrouvé espoir, malgré les tempêtes de sable qui balaient toujours le maigre bazar local. «Peut-être qu'en 2007, rêve Akmaral Utemisova, nous pourrons à nouveau nager dans la mer d'Aral, ici, au port d'Aralsk.»
C'est une bonne nouvelle, mais j'espère qu'il n'y aura pas surpêche sur le peu de poisson qui commence se refaire une population.
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Ven Déc 22, 2006 11:05 am
Par ailleurs, certes les conséquences économiques positives semblent réelles, maisl'impact écologique du barage n'est peut être pas neutre :
Citation:
Il est encore trop tôt pour mesurer l'impact de la construction du barrage sur l'environnement et la santé.
L'homme joue à l'aprenti dieu en défaisant et refaisant des mers... Cela fait froid dans le dos.
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